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LES GUIGNOLS, 2

LA GENTILLESSE EST PROPITIATOIRE

Pour des raisons diverses, on peut avoir besoin d’être aimé. C’est pour être aimé qu’on est gentil, aimant. (meilleur exemple : le petit enfant)

 » Il n’est qu’un motif qui puisse engager raisonnablement un homme à contraindre ses goûts, ses habitudes ou ses penchants, pour plaire à un autre homme. Je le répète, s’il le fait, c’est par faiblesse ou par égoïsme ; il ne le fera jamais, s’il est le plus fort. »

«  le caractère de la faiblesse est de supposer ou de craindre la force. « 

 » Celui qui craint de recevoir du mal, dira toujours qu’il n’en faut point faire ; tandis que celui qui se moque des dieux, des hommes et des lois, ne cessera jamais d’en commettre. »

« Le faible en établissant l’existence du fil de fraternité avait des raisons d’égoïsme trop reconnues pour que le pacte établi par ce lien put avoir rien de respectable. « 

 » l’estime que j’aurai pour toi ne pourra jamais être que relative, ou, pour m’expliquer plus clairement, qu’une estime proportionnée au degré d’utilité que je recevrai de toi  »

 » Toute puissance partagée s’affaiblit « 

 » Ne serai-je pas une dupe d’avoir de la pitié pour un être auquel je ne dois jamais en inspirer ? « 

 » j’aimerai quelquefois celui que je méprise, jamais celui que je révère. »

Conclusions :

Le fort, qui se fait craindre, n’a pas besoin d’être aimé.

L’amour que le fort dit attendre d’un être faible n’est pas de l’amour.

LA PEUR DE LA MORT

On aurait peur de la mort, peur de l’anéantissement, peur de ne plus exister, c’est ce que les médecins, par exemple, dans leur intérêt (monnaie-monnaie, car vivre plus longtemps revient souvent à être malade plus longtemps), nous attribuent comme pensée. Mais il faut distinguer la peur de l’épreuve finale, dont les médecins ne veulent pas qu’on leur parle -monopole oblige : le comment et le quand – et une peur qui n’est pas forcément la peur de l’anéantissement mais d’autre chose.

 » ne vaut -il pas mieux cent fois être anéanti que de brûler éternellement ? Qui osera donc soutenir, d’après cela, que l’opinion qui débarrasse de ces craintes ne soit mille fois plus agréable que l’incertitude où nous laisse l’admission d’un Dieu qui, maître de ses grâces, ne les donne qu’à ses favoris, et qui permet que tous les autres se rendent dignes des supplices éternels ? Il n’y a que l’enthousiasme ou la folie qui puisse faire préférer un système évident qui tranquillise à des conjectures improbables qui désespèrent ? « 

 » Et qu’étais-tu, je te prie, avant que de naître ? me répondit cette femme pleine de génie. Quelques portions pleines de matière non organisée, n’ayant encore reçu aucune forme, ou en ayant reçu dont tu ne peux te souvenir. Eh bien ! tu redeviendras les mêmes portions de matière, prêtes à organiser de nouveaux êtres, dès que les lois de la nature le trouveront convenable. Jouissais-tu ? Non. Souffrais-tu ? Non. Est-ce donc là un état si pénible, et quel est l’être qui ne consentirait pas à sacrifier toutes ses jouissances à la certitude de n’avoir jamais de peines ? « 

 » Un Dieu assez perfide, assez méchant, pour créer un seul homme, et pour le laisser ensuite exposé au péril de se damner, ne peut être regardé comme un être parfait, il ne doit l’être que comme un monstre de déraison, d’injustice, de et d’atrocité. La cruauté qui fait nos plaisirs a des motifs au moins, ces motifs s’expliquent et nous les connaissons, mais Dieu n’en avait aucun en tourmentant les victimes de sa colère, car il ne saurait punir des êtres qui n’ont pu réellement ni mettre en danger son pouvoir, ni troubler sa félicité. « 

 » Si un fils s’imaginait que son père fut capable de le condamner à des tourments cruels, ou ne voulût pas l’exempter de les souffrir s’il en était le maître, aurait-il pour lui du respect ou de l’amour ? « 

 » les supplices de l’autre vie seraient inutiles aux vivants qui n’en peuvent être les témoins ; ils seraient inutiles aux damnés, puisqu’en enfer on ne se convertit pas, et que le temps de la prétendue miséricorde de ce Dieu n’existe plus : d’où il suit que Dieu, dans l’exercice de sa vengeance éternelle, n’aurait d’autre but que de s’amuser et que d’insulter à la faiblesse de ses créatures ; et votre infâme Dieu, agissant plus cruellement qu’aucun homme, et sans aucun motif comme les hommes, devient donc, par cela seul, infiniment plus traître, plus fourbe et plus scélérat qu’eux « 

 » Quel a pu être l’individu assez extravagant pour essayer de persuader aux hommes qu’ils peuvent devenir plus malheureux après cette vie qu’ils l’étaient avant de l’avoir reçue ? Sont-ce eux qui ont demandé à venir ? « 

FATUM

ou destin, fatalité, sort.

Depuis que l’on nous dit que l’on est libre, responsable, « qu’on peut si on veut », on a fini par croire que ce n’est que de la mythologie. Pourtant BRASSENS s’entête à dire : «  le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est con, on est con «  Pourtant les dons se repèrent très précocement. Pourtant, il est clair que lorsque l’on baigne toute son enfance dans un milieu toxique, que ses facultés intellectuelles et psychologiques sont laminées, on a peu de chances de rebattre ses propres cartes.

Ce qui gêne dans le fatum, c’est le fait qu’on n’y est pour rien, et que si on a tiré une mauvaise carte, pour injuste que cela soit, il faudra en subir les conséquences toute sa vie. C’est le fait d’être victime d’une terrible injustice irréparable. Parfois, chez SADE, le concept de nature englobe les conditions initiales d’une existence.

La Nature : «  pourquoi notre triste individu, ainsi que tous ceux qu’elle produit sortent-ils de son laboratoire aussi remplis d’imperfections ? Ne dirait-on pas que son art meurtrier n’ait voulu former que des victimes, que le mal ne soit son unique élément, et que ce ne soit que pour couvrir la terre de sang, de larmes et de deuil qu’elle soit douée de la faculté créatrice… que ce ne soit que pour déployer ses fléaux qu’elle use de son énergie « 

« C’est dans le sein de la mère que se fabriquent les organes, qui doivent nous rendre susceptibles de telle ou telle fantaisie ; les premiers objets présentés, les premiers discours entendus, achèvent de déterminer le ressort : les goûts se forment, les habitudes se prennent, et rien au monde ne peut plus les détruire. L’éducation a beau faire, elle ne change plus rien : et celui qui doit être un scélérat le devient tout aussi sûrement, quelque bonne que soit l’éducation qui lui a été donnée, que vole infailliblement à la vertu celui dont les organes se trouvent disposés au bien, quoique l’instituteur l’ait manqué : tous deux ont agi d’après leur organisation, d’après les impressions qu’ils avaient reçues de la nature ; et l’un n’est pas plus digne de punition, que l’autre ne l’est de récompense. « .

«  Tu n’as trouvé cet homme malheureux que par la comparaison que tu en as faite avec toi. Mais foncièrement, il ne l’est pas. S’il t’a dit qu’il se croyait tel, c’était de même, à cause de la comparaison qu’il établissait à l’instant de lui à toi ; qu’il se retrouve avec ses égaux, tu ne l’entendras plus se plaindre. « 

«  Si notre mère commune eût voulu cette égalité que le faible s’efforce d’établir, si elle eût voulu vraiment que les propriétés fussent également partagées, pourquoi aurait-elle créé deux classes, une de forts et l’autre de faibles. « 

«  La sensibilité, ma chère, est le foyer de tous les vices, comme elle est celui de toutes les vertus. C’est elle qui conduisit Cartouche à l’échafaud, comme elle inscrivit en lettres d’or le nom de Titus dans les annales de la bienfaisance.

 » C’est pour être trop sensibles que nous nous livrons aux vertus : c’est pour l’être trop que nous chérissons les forfaits. L’individu privé de sensibilité est une masse brute, également incapable du bien comme du mal, et qui n’a de l’homme que la figure. »

«  Tous les écarts où notre imagination nous entraîne, poursuivit Noirceuil, deviennent des preuves certaines de notre esprit. Sa vivacité, ses élans ne lui permettent de s’arrêter à rien plus il voit de digues à franchir, plus il conçoit de délices ; mais ce n’est point une preuve qu’il se déprave comme les sots se l’imaginent : c’en est une bien plus certaine qu’il se fortifie. « 

«  La faiblesse de nos organes, le défaut de réflexion, les maudits préjugés dans lesquels on nous a élevés, les vaines terreurs de la religion et des lois ; voilà ce qui arrête les sots dans la carrière du crime, voilà ce qui les empêche de s’immortaliser. « 

«  ce ne sont pas les représailles du faible sur le fort qui véritablement sont dans la nature ; elles y sont au moral, mais non pas au physique, puisque, pour employer ces représailles, il faut qu’il use de forces qu’il n’a point reçues, il faut qu’il adopte un caractère qui ne lui est point donné, qu’il contraigne en quelque sorte la nature. Mais ce qui, vraiment, est dans les lois de cette mère sage, c’est la lésion du fort sur le faible puisque, pour arriver à ce procédé, il ne fait qu’user des dons qu’il a reçus. »

«  Plaignons-nous de ne pouvoir assez faire, plaignons-nous de la faiblesse des facultés que nous avons reçues pour partage, et dont les bornes ridicules contraignent à tel point nos penchants. Et, loin de remercier cette nature inconséquente du peu de liberté qu’elle nous donne pour accomplir les penchants inspirés par sa voix, blasphémons-la, du fond de notre cœur, de nous avoir autant rétréci la carrière qui remplit ses vues ; outrageons-la, détruisons-la, pour nous avoir laissé si peu de crimes à faire, en donnant de si violents désirs d’en commettre à tous les instants « 

SUICIDE

Il y en a qui se suicident par amour, pas uniquement à la suite d’une rupture amoureuse insupportable, mais aussi parce qu’il leur semble que personne, dans ce monde, ne les aime, ne les comprend, ne les reconnaît. Et il y en a, des prétentieux, des ambitieux surtout – souvent des VIP – qui se suicident parce que leur honneur ou leur réputation a été souillé – « trainé dans la boue » comme on dit. SADE ne risque pas d’être l’un de ceux-là.

Rupture amoureuse ? Ah ah ah

« je me persuade que ce n’est que le cœur que je veux, que toute idée de jouissance est exclue, et je me le persuade si bien, que je ferais volontiers avec cette femme l’arrangement de ne l’aimer que pour elle – même, et d’acheter son cœur au prix du sacrifice de tous mes désirs physiques. Voilà la cause cruelle de mon erreur ; voilà ce qui va m’entraîner dans ce gouffre affreux de chagrins ; voilà ce qui va flétrir ma vie ; tout va changer pour moi dans cet instant : les soupçons, les jalousies, les inquiétudes vont devenir les aliments cruels de ma malheureuse existence ; et plus j’approcherai de mon bonheur, plus il se constatera, plus la fatale crainte de le perdre empoisonnera mes jours »

 » toute espèce de chaîne est une folie, tout lien est un attentat à la liberté physique dont nous jouissons sur la surface du globe. »

Honneur souillé ou mérite méprisé ?

«  La seule cause de toutes nos erreurs vient de ce que nous prenons toujours pour les lois de la nature, ce qui ne vient que des coutumes ou des préjugés de la civilisation. «

 » Dès qu’aucune action ne peut être universellement regardée comme crime, l’existence du crime, purement géographique, devient absolument nulle, et l’homme qui s’abstient d’en commettre, quand il en a reçu le penchant de la nature, n’est qu’un sot qui s’aveugle à plaisir sur les premières impressions de cette nature, dont il méconnaît les principes. »

 » La vertu n’est point le sentiment habituel de l’homme, qu’elle n’est simplement que le sacrifice forcé que l’obligation de vivre en société le contraint à faire. « 

«  c’est outrager un fantôme que d’offenser les lois des hommes. Ceux qui travaillèrent à cette civilisation avaient-ils mon consentement ? et puis-je adhérer aux lois qui répugnent à ma conscience et à ma raison ? « 

 » Bien fou est celui qui adopte une façon de penser pour les autres ! « 

 » Est-ce pour le prochain que nous existons, ou pour nous ? « 

 » Ce n’est point de votre vertu dont le monde a besoin, c’est seulement de pouvoir vous en supposer….si tous les hommes étaient vicieux de meilleure foi, l’hypocrisie ne serait pas nécessaire mais faussement persuadés que la vertu a des avantages, ils veulent absolument y tenir par quelque côté.  »

 » Et que me fait à moi l’opinion des hommes ! que m’importe ce qu’ils pensent de mon individu ! pourvu que je trouve le bonheur dans les principes que je me suis faits. De deux choses l’une : ou ils me cachent cette opinion, de ce moment elle ne me fait aucun mal ; ou ils me la témoignent, et j’éprouve dès lors une jouissance de plus. Oui sans doute, une jouissance ; le mépris des sots en est une pour le philosophe ; il est délicieux de braver l’opinion publique ; et le comble de la sagesse, sans doute, est de la réduire au silence. On nous vante l’estime générale : et que gagne-t-on, je vous prie, à être estimé des autres ? Ce sentiment coûte à l’homme ; il offense l’orgueil : j’aimerai quelquefois celui que je méprise, jamais celui que je révère. « 

 » Ayons la force de renoncer à ce que nous attendons des autres, et nos devoirs vis-à-vis d’eux s’anéantiront aussitôt. « 

 » Quand nous nous sommes livrés à une mauvaise action, de quelque atrocité qu’elle puisse être, que la satisfaction qu’elle nous a donné ou le profit que nous en avons recueilli nous console amplement du mal qui en a rejailli sur notre prochain. Avant que de commettre cette action, nous avons bien prévu le mal qu’en ressentiraient les autres ; cette pensée ne nous a pourtant pas arrêtés ; au contraire, le plus souvent, elle nous a fait plaisir. « 

 » Si quelque fois nos besoins nous rapprochent, séparons-nous dès que nos intérêts l’exigent., parce que l’égoïsme est la première des lois de la nature, la plus juste, la plus sacrée. « 

 » ce n’est jamais que par nos sens que les êtres nous sont connus, ou produisent des idées en nous ; ce n’est qu’en conséquence des mouvements imprimés à notre corps que notre cerveau se modifie ou que notre âme pense, veut et agit. « 

PAUVRES MIGRANTS

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« Le faible en établissant l’existence du fil de fraternité avait des raisons d’égoïsme trop reconnues pour que le pacte établi par ce lien put avoir rien de respectable. Que celui qui n’est ni faible ni chrétien s’assouplisse à des chaînes pareilles, à des nœuds qui lui ôtent et ne lui donnent rien, voilà qui est impossible. « 

« Rien ne fait rêver comme le malheur »

« Tu n’as trouvé cet homme malheureux que par la comparaison que tu en as faite avec toi. Mais foncièrement, il ne l’est pas. S’il t’a dit qu’il se croyait tel, c’était de même, à cause de la comparaison qu’il établissait à l’instant de lui à toi ; qu’il se retrouve avec ses égaux, tu ne l’entendras plus se plaindre. « 

« Donnez-moi un être dans le monde qui, par sa nature, puisse être exempt de tous les maux de l’humanité, non seulement cet être n’aura aucune espèce de pitié, mais il ne la concevra même pas. »

« Ce sont les privations des autres qui nous font sentir nos jouissances. Au milieu d’êtres qui en auraient d’égales aux nôtres, nous ne serions jamais contents. Si donc c’est le spectacle des malheureux qui doit nécessairement compléter notre bonheur, par la comparaison fournie d’eux à nous, il faut donc se garder de compléter ceux qui existent, car en les sortant par ces secours de la classe qui fournit à vos comparaisons, vous vous privez de ces comparaisons, et par conséquent de ce qui améliore vos jouissances. « 

https://www.youtube.com/watch?v=ddtKGlEFICw

«  Que m’importe à moi le sort de mes semblables, pourvu que je me délecte , En quoi tiens-je à cet individu si ce n’est par les formes ? Or, je vous prie de me dire s’il faut que j’aime un être seulement parce qu’il existe ou qu’il me ressemble, et que, sous ces uniques rapports, je le préfère subitement à moi « 

« Il est parfaitement ridicule de se faire un chagrin de la peine des autres quand cette peine nous a fait plaisir, quand elle nous a servis, chatouillés, délectés en quelque sens que ce puisse être. « 

«  Il n’importe nullement que le prochain éprouve une sensation douloureuse, s’il n’en résulte rien pour vous. « 

« on voudrait jouir tous les jours. Eh bien, il faut savoir se dédommager par d’autres petits plaisirs : la dureté d’âme envers les malheureux, le refus de les soulager, l’action de les plonger soi-même dans l’infortune si on le peut. « 

« Qui sait s’endurcir aux maux d’autrui devient bientôt impassible aux siens propres, et il est bien plus nécessaire de savoir souffrir soi-même avec courage, que de s’accoutumer à pleurer sur les autres. Ô Juliette, moins on est sensible, moins on s’affecte, et plus on approche de la véritable indépendance.  »

 https://www.youtube.com/watch?v=yeeuiujruqA

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LES ETERNELS PERDANTS

Il y a une catégorie de gens à qui l’énergie et l’assurance ne viennent pas naturellement, et une autre si.

« Une seule distinction, mes amies, différencie les hommes dans l’enfance des sociétés : c’est la force. La nature leur a donné à tous un sol à habiter, et c’est de cette force, qu’elle leur a inégalement départie, que va dépendre le partage qu’ils en feront. Mais ce partage sera -t-il égal, pourra-t-il l’être, dès que la force seule va le diriger ? Voilà donc déjà un vol établi; car l’inégalité de ce partage suppose nécessairement une lésion du fort sur le faible, et cette lésion, c’est -à-dire le vol , la voilà donc décidée, autorisée par la nature, puisqu’elle donne à l’homme ce qui doit nécessairement l’y conduire. D’une autre part, le faible se venge, il met l’adresse en usage pour rentrer dans des possessions que lui ravit la force, et voilà l’escroquerie, sœur du vol, également fille de la nature »

« Lorsque les lois se promulguèrent, lorsque le faible consentit à la perte d’une portion de sa liberté pour conserver l’autre, le maintien de ses possessions fut incontestablement la première chose dont il désira la paisible jouissance, et le premier objet des freins qu’il demanda. Le plus fort consentit à des lois auxquelles il était sûr de se soustraire : elles se firent. On promulgua que tout homme posséderait son héritage en paix, et que celui qui le troublerait dans la possession de cet héritage éprouverait une punition. « 

« Le prêtre vola en se faisant payer pour servir de médiateur entre l’homme et son Dieu. Le marchand vola en accaparant, en faisant payer sa denrée un tiers de plus que la valeur intrinsèque qu’elle avait réellement. Les souverains volèrent en imposant sur leurs sujets des droits arbitraires de taxes, de tailles, etc »

« Lorsque ce malheureux cultivateur, réduit à l’aumône par l’immensité des taxes que vous lui imposez abandonne sa charrue, s’arme, et va vous attendre sur le grand chemin, si vous punissez cet homme, certes, vous commettez une grande infamie ; car ce n’est pas lui qui a manqué, il est le valet poussé sur le vase : ne le poussez pas, il ne brisera rien ; et si vous le poussez, ne vous étonnez pas qu’il brise. Ainsi ce malheureux, en allant vous voler, ne commet donc point un crime : il tâche à rentrer dans des biens que vous lui avez précédemment usurpés, vous ou les vôtres »

« ce ne sont pas les représailles du faible sur le fort qui véritablement sont dans la nature ; elles y sont au moral, mais non pas au physique, puisque, pour employer ces représailles, il faut qu’il use de forces qu’il n’a point reçues, il faut qu’il adopte un caractère qui ne lui est point donné, qu’il contraigne en quelque sorte la nature. Mais ce qui, vraiment, est dans les lois de cette mère sage, c’est la lésion du fort sur le faible puisque, pour arriver à ce procédé, il ne fait qu’user des dons qu’il a reçus. Il ne revêt point, comme le faible, un caractère différent du sien : il ne met en action que les seuls effets de celui qu’il a reçus de la nature. »

« Le faible a donc raison quand, cherchant à rentrer dans ses possessions usurpées, il attaque à dessein le fort et l’oblige à restitution ; le seul tort qu’il puisse avoir, c’est de sortir du caractère de faiblesse que lui imprima la nature : elle le créa pour être esclave et pauvre, il ne veut pas s’y soumettre, voilà son tort « 

Le faible étant vulnérable et inoffensif, il n’y a plus qu’à en profiter.

«  le caractère de la faiblesse est de supposer ou de craindre la force. « 

 » il ne faut jamais arracher le bandeau des yeux du peuple ; il faut qu’il croupisse dans ses préjugés, cela est essentiel. Où seraient les victimes de notre scélératesse, si tous les hommes étaient criminels ! Ne cessons jamais de tenir le peuple sous le joug de l’erreur et du mensonge : étayons-nous sans cesse du sceptre des tyrans ; protégeons les trônes, ils protégeront l’église  »

« Tout gouvernement qui s’occupe de l’homme est faible , il n’y a de vigoureux que celui qui se compte pour tout et les hommes pour rien….ce qui est essentiel, c’est que la chaîne pèse lourdement sur le peuple et que le souverain soit despote. « 

« Il est donc nécessaire qu’un roi gouverne alors avec la plus extrême sévérité, et que pour avoir le droit bien constaté de tout faire au peuple, il laisse faire à ceux qui soutiennent avec lui le glaive, tout ce qu’il leur plaira d’entreprendre à leur tour. « 

A VIF.

Sensibilité extrême, écorché vif, vulnérabilité…(les éternels perdants, suite)

« La sensibilité, ma chère, est le foyer de tous les vices, comme elle est celui de toutes les vertus. »

« C’est pour être trop sensibles que nous nous livrons aux vertus : c’est pour l’être trop que nous chérissons les forfaits. L’individu privé de sensibilité est une masse brute, également incapable du bien comme du mal, et qui n’a de l’homme que la figure. « 

 » Il est donc certain que le procédé nécessaire en pareil cas, près d’une jeune personne qu’on formerait, serait d’émousser cette sensibilité, car les directions sont presque impossibles. Vous perdrez peut-être quelques faibles vertus en émoussant, mais vous épargnerez bien des vices, et, dans un gouvernement qui punit sévèrement tous les vices, et qui ne récompense jamais les vertus, il vaut infiniment mieux apprendre à ne pas faire le mal, que de s’attacher à faire le bien. »

 » Les crimes commis, dans le cas de l’endurcissement de la partie sensitive, le seront toujours de sang-froid, et par conséquent l’élève que nous supposons aura le temps d’en cacher et d’en combiner les suites, au lieu que ceux commis dans l’effervescence l’entraîneront, sans qu’il ait le temps d’y parer, dans les derniers excès de l’infortune. « 

« l’expérience vous démontrera facilement que les vices qui pourront naître de l’endurcissement de l’âme seront beaucoup moins dangereux que ceux produits par l’excès de la sensibilité, et cela par la grande raison que le sang-froid que l’on met aux uns donne les moyens de se garantir de la punition, tandis qu’il est démontré impossible qu’elle puisse échapper à celui qui, n’ayant le temps de rien arranger, de rien prévenir, se livre aveuglément à l’effervescence de ses sens. »

 » Celui qui sait étouffer les cris de sa conscience au point de se faire un jeu de la vie des autres, est, de ce moment, seul capable des plus grandes choses. Il y a tout plein de gens dans le monde qui deviennent criminels pour leur compte parce que le gouvernement ne sent pas ce qu’ils valent et qu’il néglige de les employer. Les Alexandre, les Saxe, les Turenne seraient peut-être devenus des voleurs de grands chemins si leur naissance et le hasard ne leur eussent pas préparé des lauriers dans la carrière de la gloire ; et les Cartouche les Mandrins, les Desrues assurément de grands hommes si le gouvernement eut su les employer. « 

 » On ose déclamer contre les passions, on ose les enchaîner par des lois, mais que l’on compare les unes et les autres, que l’on voit qui, des passions ou des lois a fait le plus de bien aux hommes. Qui doute, comme le dit HELVETIUS, que les passions soient dans le moral ce qu’est le mouvement dans le physique. Ce n’est qu’aux passions que sont dues l’invention et les merveilles des arts, elles être regardées , dit le même auteur, comme le germe productif de l’esprit et le ressort puissant des grandes actions. Les individus qui ne sont pas animés de passions fortes sont des êtres médiocres. « 

 » Qui sait s’endurcir aux maux d’autrui devient bientôt impassible aux siens propres, et il est bien plus nécessaire de savoir souffrir soi – même avec courage, que de s’accoutumer à pleurer sur les autres. Ô Juliette, moins on est sensible, moins on s’affecte, et plus on approche de la véritable indépendance. « 

«  si j’avais quelques principes moraux à établir, ce ne serait pas dans l’âme de l’être faible que j’irais chercher des préceptes. Celui qui craint de recevoir du mal, dira toujours qu’il n’en faut point faire ; tandis que celui qui se moque des dieux, des hommes et des lois, ne cessera jamais d’en commettre. »

 » Plaignons-nous de ne pouvoir assez faire, plaignons-nous de la faiblesse des facultés que nous avons reçues pour partage, et dont les bornes ridicules contraignent à tel point nos penchants. »

Et donc, tout à fait logiquement, ce sont les êtres faibles, timorés, apathiques qui sont les plus obsédés par la morale et les règles.

LA MUSIQUE ET SADE

SADE ne parle jamais de musique à ma connaissance, mais il aurait trouvé, à mon avis, le moyen de réconcilier la musique classique et la musique moderne (rock etc). Il part en effet de l’idée que le principe fondamental est le mouvement.  Or la musique moderne sollicite les nerfs, les muscles et l’excitation. Elle veut le maximum d’effet dans un minimum de temps.  Elle veut saturer les sens à partir de l’audition.  C’est, en quelque sorte, ce à quoi les personnages de SADE veulent arriver.  Mais tout cela est grossier et superficiel. La musique classique donne une forme aux subtilités de la vie psychique et émotionnelle. Elle a pour but de les éveiller et de les amplifier – quitte après à les exprimer corporellement. C’est un peu une énergie verte en ce qu’elle tire partie de l’énergie vitale confuse, désordonnée et lui donne une structure et une puissance démultipliée. Puisée par le compositeur en lui-même, elle alimente en émotions, ensuite, d’autres personnes. Or les personnages de SADE cherchent par tous les moyens à chatouiller leurs sens, à varier leurs sensations. Pour la musique classique, le corps est un orchestre entier, une caisse de résonance qu’il faut stimuler au maximum.

LE PETIT SADIQUE

Comme il ne peut être question de se livrer aux ignobles cruautés qui sont décrites dans les livres de SADE, certains peuvent se consoler en exerçant une forme de sadisme psychologique.

Cela consiste à profiter d’une position, d’un avantage, d’une situation, d’un pouvoir etc pour faire endurer à ceux qu’on a choisis des vexations, des désagréments, des humiliations, des renoncements, des reniements, des infériorisations, des culpabilisations, des falsifications, en connaissance de cause. Et de la connaissance de cause au plaisir procuré par la connaissance de cause, il y a quoi ?

« Il faut savoir se dédommager par d’autres petits plaisirs : la dureté d’âme envers les malheureux le refus de les soulager, l’action de les plonger soi-même dans l’infortune…. la misère de ces infortunés est un spectacle qui prépare déjà la commotion que nous sommes accoutumés à recevoir par l’impression de la douleur. Ils nous implorent, nous ne les soulageons pas, voilà presque l’ébranlement donné. Un pas de plus, le feu s’allume. » Petits malheurs, petites peines, ou grandes peines le principe est le même.

« Ce sont les privations des autres qui nous font sentir nos jouissances. Au milieu d’êtres qui en auraient d’égales aux nôtres, nous ne serions jamais contents. Si donc c’est le spectacle des malheureux qui doit nécessairement compléter notre bonheur, par la comparaison fournie d’eux à nous, il faut donc se garder de compléter ceux qui existent, car en les sortant par ces secours de la classe qui fournit à vos comparaisons, vous vous privez de ces comparaisons, et par conséquent de ce qui améliore vos jouissances. «  Petites privations, grandes privations contemplées, le principe est le même.

Qu’est-ce que la vie ? Ne donne-t-elle pas raison au divin marquis – quels que soient les discours hypocrites que l’on peut tenir – en faisant la preuve que le plus fort gagne, le plus faible perd. Même avec la Justice. Le plus fort ou le plus fortuné, celui qui a le plus de pouvoir, celui qui est le plus solide et a le plus de personnalité, celui qui est sans foi ni loi.

« Comment voulez-vous en effet que celui qui a reçu de la nature la plus extrême disposition au crime, soit à cause de la supériorité de ses forces, de la délicatesse de ses organes, soit en raison de l’éducation nécessitée par sa naissance ou par ses richesses ; comment, dis-je, voulez-vous que cet individu puisse être jugé par la même loi, que celui que tout engage à de la vertu ou de la modération ? « 

L’EGOÏSME SADIEN

Article 1

‘La nature, qui nous fit naître seuls, ne nous commande nulle part de ménager notre prochain : si nous le faisons, c’est par politique ; je dis plus, c’est par égoïsme. Nous ne nuisons point, de peur qu’on nous nuise »

« la vertu n’est dans l’homme que le second mouvement puisqu’il est incontestable que le premier qui existe en lui, abstractivement de tout autre, est l’envie de faire son bonheur, »

Article 2

« il n’y a aucune proportion raisonnable entre ce qui nous touche et ce qui touche les autres. Nous sentons l’un physiquement, l’autre n’arrive à nous que moralement ; et les sensations morales sont trompeuses ; il n’y a de vrai que les sensations matérielles « 

« Il n’importe nullement que le prochain éprouve une sensation douloureuse s’il n’en résulte rien pour vous. »

Article 3

« je vous prie de me dire s’il faut que j’aime un être seulement parce qu’il existe, ou qu’il me ressemble, et que, sous ces uniques rapports, je le préfère subitement à moi. »

Article 4

«  l’estime que j’aurai pour toi ne pourra jamais être que relative, ou, pour m’expliquer plus clairement, qu’une estime proportionnée au degré d’utilité que je recevrai de toi ; or, cette utilité, du moment que je suis le plus fort, ne peut plus consister que dans les actes d’esclavage les mieux constatés de ta part. Alors seulement nous aurons tous deux parfaitement rempli les rôles pour lesquels nous a créés la nature ; moi, lorsque je t’assouplis à mes passions, de quelque genre ou de quelque nature que ce puisse être ; toi, lorsque tu en subis les effets »

Article 5

« Je puis consentir à ne pas faire usage de mes forces avec celui qui peut se faire redouter par les siennes ; mais par quel motif en amoindrirai-je les effets avec l’être que m’asservit la nature ? Me répondrez-vous : Par pitié ? Ce sentiment n’est compatible qu’avec l’être qui me ressemble ; et, comme il est égoïste, son effet n’a lieu qu’aux conditions tacites que l’individu qui m’inspirera de la commisération en aura de même à mon égard. Mais si je l’emporte constamment sur lui par ma supériorité, sa commisération me devenant inutile, je ne dois jamais l’acheter par aucun sacrifice. Ne serai-je pas une dupe d’avoir de la pitié pour un être auquel je ne dois jamais en inspirer ? dois-je pleurer la mort du poulet que l’on égorge pour mon dîner ? « 

« c’est un très petit malheur que, pour l’accroissement de la volupté de l’homme, il lui faille ou négliger ou troubler celle de la femme ; car, si ce trouble lui fait gagner quelque chose, ce que perd l’objet qui le sert ne le touche en rien »,

Article 6

« On vous dit à cela : la vertu est utile aux autres, et, sous ce rapport, elle est bonne ; car, s’il est reçu de ne faire que ce qui est bon aux autres, à mon tour je ne recevrai que du bien. Prenons-y bien garde, ce raisonnement n’est qu’un sophisme.Pour le peu de bien que je reçois des autres, en raison de ce qu’ils pratiquent la vertu, par l’obligation de la pratiquer à mon tour, je fais un million de sacrifices qui ne me dédommagent nullement ; recevant moins que je ne donne, je fais donc un mauvais marché ; j’éprouve beaucoup plus de mal des privations que j’endure pour être vertueux, que je ne reçois de bien de ceux qui le sont »

PAS DE CULPABILITE

D’abord parce que le libre-arbitre n’existe pas.

« Le flottement, l’incertitude nous font croire à notre liberté, mais cette prétendue liberté n’est que l’instant de l’égalité des poids dans la balance. Dès que le parti est pris, c’est que l’un des deux côtés s’est trouvé plus chargé que l’autre, et ce n’est pas nous qui sommes cause de l’inégalité. « 

« L’instant où nous nous déterminons ne nous appartient pas. »

Ensuite parce que l’on agit toujours selon sa nature

« La vie de l’homme, persuadons-nous le bien, dépend des mêmes lois que celle des animaux ; l’une et l’autre de ces existences sont soumises aux lois générales de la matière et du mouvement. »

« Jamais la nature ne nous inspire que ce qui peut lui plaire ou lui être utile : toutes les fois qu’en éprouvant un de ses désirs nous nous sentons arrêtés par quelque chose, soyons bien sûrs que la barrière est élevée par la main des hommes. »

« Il n’y a aucun être dans le monde qui ne tienne de la nature toute la puissance, toutes les facultés dont il jouit ; il n’en est aucun qui, par une action, quelque étendue qu’elle soit, quelque irrégulière qu’elle paraisse, puisse empiéter sur les plans de la nature, puisse troubler l’ordre de l’univers « 

« la nature ne laisse pas dans nos mains la possibilité des crimes qui troubleraient son économie. Peut-il tomber sous le sens que le plus faible ait la puissance d’offenser le plus fort ? Que sommes-nous relativement à la matière ? Peut-elle, en nous créant, avoir placé dans nous ce qui serait capable de lui nuire ? Cette imbécile supposition s’accorde-t-elle avec la manière sublime et sûre dont nous la voyons parvenir à ses fins ? « 

« Ces passions ne sont-elles pas des agents de la nature, comme l’insecte qui tue l’homme, ou la plante qui l’empoisonne ? et ne sont-elles pas également dirigées par les mêmes volontés de la nature ? »

« Dans un monde construit comme le nôtre, il devait obligatoirement y avoir des créatures comme celles que nous y voyons. »

« Si notre mère commune eût voulu cette égalité que le faible s’efforce d’établir, si elle eût voulu vraiment que les propriétés fussent également partagées, pourquoi aurait-elle créé deux classes, une de forts et l’autre de faibles ?. « 

NATURE ET CULTURE

Pour finir, la philosophie de SADE est la plus pessimiste, la plus désespérante qui soit.

D’abord tout est nature. Absolument tout, la pensée, l’esprit, l’âme pour ceux qui y croient. C’est le matérialisme absolu..

« Tout dans l’univers est subordonné aux lois de la nature. »

«  La source de nos erreurs vient de ce que nous regardons notre corps comme de la matière brute et inerte, tandis que ce corps est une machine sensible, qui a nécessairement la conscience momentanée de l’impression qu’il reçoit, et la conscience du moi par le souvenir des impressions successivement éprouvées »

«  ils ont fait de la partie qu’ils ont nommée ÂME une substance isolée, et lui ont accordé le droit imaginaire de penser abstractivement de la matière dont elle émane uniquement. Ces opinions monstrueuses ne se justifiaient qu’en disant que les idées sont les seuls objets de la pensée, comme s’il n’était pas prouvé qu’elles ne peuvent nous venir que des objets extérieurs, qui, en agissant sur nos sens, ont modifié notre cerveau. Chaque idée sans doute est un effet ; mais, quelque difficile qu’il soit de remonter à sa cause, pouvons-nous supposer qu’elle ne soit pas due à une cause ? Si nous ne pouvons acquérir d’idées que par des substances matérielles, comment pouvons-nous supposer que la cause de nos idées puisse être immatérielle ? Oser soutenir que nous pouvons avoir des idées sans les sens, serait aussi absurde que de dire qu’un aveugle de naissance pourrait avoir une idée des couleurs. »

«  Eh ! malheureux mortel, ne te flatte donc pas du pouvoir de détruire, cette action est au -dessus de tes forces ; tu peux varier des formes, mais tu n’en saurais anéantir ; tu ne saurais absorber les éléments de la matière : et comment les détruirais – tu, puisqu’ils sont éternels ? Tu les changes de formes, tu les varies ; mais cette dissolution sert à la nature, puisque ce sont de ces parties détruites qu’elle recompose. Donc, tout changement opéré par l’homme, sur cette matière organisée, sert la nature bien plus qu’il ne la contrarie »

« Que la nature se trouve soumise à d’autres lois, ces créatures qui résultent des lois actuelles n’existeront plus sous les lois nouvelles, et la nature existera pourtant toujours, quoique par des lois différentes »

Or la nature est mauvaise, c’est finalement ce qu’il a choisi de démontrer, d’illustrer

«  j’abhorre la nature ; et c’est parce que je la connais bien, que je la déteste : instruit de ses affreux secrets, je me suis replié sur moi-même, et j’ai senti (voilà ma réponse à votre seconde question), j’ai éprouvé une sorte de plaisir indicible à copier ses noirceurs. .. ; Sa main barbare ne sait donc pétrir que le mal ; le mal la divertit donc ? et j’aimerais une mère semblable ! Non ; je l’imiterai, mais en la détestant ; je la copierai, elle le veut, mais ce ne sera qu’en la maudissant ; et, furieux de voir que mes passions la servent, je vais si bien démêler ses secrets, que je puisse, si cela m’est possible, devenir encore plus méchant, pour la mieux heurter toute ma vie. « 

Il s’ensuit que les actes les plus atroces, les plus monstrueux, comme ceux qu’il décrit, sont naturels.

« Eh quoi ! les hommes ne comprendront jamais qu’il n’est aucuns goûts, quelque bizarres, quelque criminels même qu’on puisse les supposer, qui ne soient le résultat de la sorte d’organisation que nous avons reçue de la nature »

« C’est le seul orgueil de l’homme qui érigea le meurtre en crime : cette vaine créature s’imaginant être la plus sublime du globe, se croyant la plus essentielle, partit de ce faux principe pour assurer que l’action qui la détruisait ne pouvait qu’être horrible ; mais sa vanité, sa démence ne change rien aux lois de la nature ; il n’y a point d’être qui n’éprouve au fond de son cœur le désir le plus véhément d’être défait de ceux qui le gênent, ou dont la mort peut lui être avantageuse ; et de ce désir à l’effet, Justine, imagines-tu que la différence soit bien grande ? « 

«  Tous les écarts où notre imagination nous entraîne, poursuivit Noirceuil, deviennent des preuves certaines de notre esprit. Sa vivacité, ses élans ne lui permettent de s’arrêter à rien plus il voit de digues à franchir, plus il conçoit de délices ; mais ce n’est point une preuve qu’il se déprave comme les sots se l’imaginent : c’en est une bien plus certaine qu’il se fortifie « 

«  Ce ne sont pas des plaisirs qu’il faut faire goûter à cet objet, ce sont des impressions qu’il faut produire en lui ; et celle de la douleur étant beaucoup plus vive que celle du plaisir, il est incontestable qu’il vaut mieux que la commotion produite sur nos nerfs par ce spectacle étranger y parvienne par la douleur, plutôt que par le plaisir. »

Publié dans:Non classé |on 9 avril, 2016 |Pas de commentaires »

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