LES GUIGNOLS, 2

LA GENTILLESSE EST PROPITIATOIRE

Pour des raisons diverses, on peut avoir besoin d’être aimé. C’est pour être aimé qu’on est gentil, aimant. (meilleur exemple : le petit enfant)

 » Il n’est qu’un motif qui puisse engager raisonnablement un homme à contraindre ses goûts, ses habitudes ou ses penchants, pour plaire à un autre homme. Je le répète, s’il le fait, c’est par faiblesse ou par égoïsme ; il ne le fera jamais, s’il est le plus fort. »

«  le caractère de la faiblesse est de supposer ou de craindre la force. « 

 » Celui qui craint de recevoir du mal, dira toujours qu’il n’en faut point faire ; tandis que celui qui se moque des dieux, des hommes et des lois, ne cessera jamais d’en commettre. »

« Le faible en établissant l’existence du fil de fraternité avait des raisons d’égoïsme trop reconnues pour que le pacte établi par ce lien put avoir rien de respectable. « 

 » l’estime que j’aurai pour toi ne pourra jamais être que relative, ou, pour m’expliquer plus clairement, qu’une estime proportionnée au degré d’utilité que je recevrai de toi  »

 » Toute puissance partagée s’affaiblit « 

 » Ne serai-je pas une dupe d’avoir de la pitié pour un être auquel je ne dois jamais en inspirer ? « 

 » j’aimerai quelquefois celui que je méprise, jamais celui que je révère. »

Conclusions :

Le fort, qui se fait craindre, n’a pas besoin d’être aimé.

L’amour que le fort dit attendre d’un être faible n’est pas de l’amour.

LA PEUR DE LA MORT

On aurait peur de la mort, peur de l’anéantissement, peur de ne plus exister, c’est ce que les médecins, par exemple, dans leur intérêt (monnaie-monnaie, car vivre plus longtemps revient souvent à être malade plus longtemps), nous attribuent comme pensée. Mais il faut distinguer la peur de l’épreuve finale, dont les médecins ne veulent pas qu’on leur parle -monopole oblige : le comment et le quand – et une peur qui n’est pas forcément la peur de l’anéantissement mais d’autre chose.

 » ne vaut -il pas mieux cent fois être anéanti que de brûler éternellement ? Qui osera donc soutenir, d’après cela, que l’opinion qui débarrasse de ces craintes ne soit mille fois plus agréable que l’incertitude où nous laisse l’admission d’un Dieu qui, maître de ses grâces, ne les donne qu’à ses favoris, et qui permet que tous les autres se rendent dignes des supplices éternels ? Il n’y a que l’enthousiasme ou la folie qui puisse faire préférer un système évident qui tranquillise à des conjectures improbables qui désespèrent ? « 

 » Et qu’étais-tu, je te prie, avant que de naître ? me répondit cette femme pleine de génie. Quelques portions pleines de matière non organisée, n’ayant encore reçu aucune forme, ou en ayant reçu dont tu ne peux te souvenir. Eh bien ! tu redeviendras les mêmes portions de matière, prêtes à organiser de nouveaux êtres, dès que les lois de la nature le trouveront convenable. Jouissais-tu ? Non. Souffrais-tu ? Non. Est-ce donc là un état si pénible, et quel est l’être qui ne consentirait pas à sacrifier toutes ses jouissances à la certitude de n’avoir jamais de peines ? « 

 » Un Dieu assez perfide, assez méchant, pour créer un seul homme, et pour le laisser ensuite exposé au péril de se damner, ne peut être regardé comme un être parfait, il ne doit l’être que comme un monstre de déraison, d’injustice, de et d’atrocité. La cruauté qui fait nos plaisirs a des motifs au moins, ces motifs s’expliquent et nous les connaissons, mais Dieu n’en avait aucun en tourmentant les victimes de sa colère, car il ne saurait punir des êtres qui n’ont pu réellement ni mettre en danger son pouvoir, ni troubler sa félicité. « 

 » Si un fils s’imaginait que son père fut capable de le condamner à des tourments cruels, ou ne voulût pas l’exempter de les souffrir s’il en était le maître, aurait-il pour lui du respect ou de l’amour ? « 

 » les supplices de l’autre vie seraient inutiles aux vivants qui n’en peuvent être les témoins ; ils seraient inutiles aux damnés, puisqu’en enfer on ne se convertit pas, et que le temps de la prétendue miséricorde de ce Dieu n’existe plus : d’où il suit que Dieu, dans l’exercice de sa vengeance éternelle, n’aurait d’autre but que de s’amuser et que d’insulter à la faiblesse de ses créatures ; et votre infâme Dieu, agissant plus cruellement qu’aucun homme, et sans aucun motif comme les hommes, devient donc, par cela seul, infiniment plus traître, plus fourbe et plus scélérat qu’eux « 

 » Quel a pu être l’individu assez extravagant pour essayer de persuader aux hommes qu’ils peuvent devenir plus malheureux après cette vie qu’ils l’étaient avant de l’avoir reçue ? Sont-ce eux qui ont demandé à venir ? « 

FATUM

ou destin, fatalité, sort.

Depuis que l’on nous dit que l’on est libre, responsable, « qu’on peut si on veut », on a fini par croire que ce n’est que de la mythologie. Pourtant BRASSENS s’entête à dire : «  le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est con, on est con «  Pourtant les dons se repèrent très précocement. Pourtant, il est clair que lorsque l’on baigne toute son enfance dans un milieu toxique, que ses facultés intellectuelles et psychologiques sont laminées, on a peu de chances de rebattre ses propres cartes.

Ce qui gêne dans le fatum, c’est le fait qu’on n’y est pour rien, et que si on a tiré une mauvaise carte, pour injuste que cela soit, il faudra en subir les conséquences toute sa vie. C’est le fait d’être victime d’une terrible injustice irréparable. Parfois, chez SADE, le concept de nature englobe les conditions initiales d’une existence.

La Nature : «  pourquoi notre triste individu, ainsi que tous ceux qu’elle produit sortent-ils de son laboratoire aussi remplis d’imperfections ? Ne dirait-on pas que son art meurtrier n’ait voulu former que des victimes, que le mal ne soit son unique élément, et que ce ne soit que pour couvrir la terre de sang, de larmes et de deuil qu’elle soit douée de la faculté créatrice… que ce ne soit que pour déployer ses fléaux qu’elle use de son énergie « 

« C’est dans le sein de la mère que se fabriquent les organes, qui doivent nous rendre susceptibles de telle ou telle fantaisie ; les premiers objets présentés, les premiers discours entendus, achèvent de déterminer le ressort : les goûts se forment, les habitudes se prennent, et rien au monde ne peut plus les détruire. L’éducation a beau faire, elle ne change plus rien : et celui qui doit être un scélérat le devient tout aussi sûrement, quelque bonne que soit l’éducation qui lui a été donnée, que vole infailliblement à la vertu celui dont les organes se trouvent disposés au bien, quoique l’instituteur l’ait manqué : tous deux ont agi d’après leur organisation, d’après les impressions qu’ils avaient reçues de la nature ; et l’un n’est pas plus digne de punition, que l’autre ne l’est de récompense. « .

«  Tu n’as trouvé cet homme malheureux que par la comparaison que tu en as faite avec toi. Mais foncièrement, il ne l’est pas. S’il t’a dit qu’il se croyait tel, c’était de même, à cause de la comparaison qu’il établissait à l’instant de lui à toi ; qu’il se retrouve avec ses égaux, tu ne l’entendras plus se plaindre. « 

«  Si notre mère commune eût voulu cette égalité que le faible s’efforce d’établir, si elle eût voulu vraiment que les propriétés fussent également partagées, pourquoi aurait-elle créé deux classes, une de forts et l’autre de faibles. « 

«  La sensibilité, ma chère, est le foyer de tous les vices, comme elle est celui de toutes les vertus. C’est elle qui conduisit Cartouche à l’échafaud, comme elle inscrivit en lettres d’or le nom de Titus dans les annales de la bienfaisance.

 » C’est pour être trop sensibles que nous nous livrons aux vertus : c’est pour l’être trop que nous chérissons les forfaits. L’individu privé de sensibilité est une masse brute, également incapable du bien comme du mal, et qui n’a de l’homme que la figure. »

«  Tous les écarts où notre imagination nous entraîne, poursuivit Noirceuil, deviennent des preuves certaines de notre esprit. Sa vivacité, ses élans ne lui permettent de s’arrêter à rien plus il voit de digues à franchir, plus il conçoit de délices ; mais ce n’est point une preuve qu’il se déprave comme les sots se l’imaginent : c’en est une bien plus certaine qu’il se fortifie. « 

«  La faiblesse de nos organes, le défaut de réflexion, les maudits préjugés dans lesquels on nous a élevés, les vaines terreurs de la religion et des lois ; voilà ce qui arrête les sots dans la carrière du crime, voilà ce qui les empêche de s’immortaliser. « 

«  ce ne sont pas les représailles du faible sur le fort qui véritablement sont dans la nature ; elles y sont au moral, mais non pas au physique, puisque, pour employer ces représailles, il faut qu’il use de forces qu’il n’a point reçues, il faut qu’il adopte un caractère qui ne lui est point donné, qu’il contraigne en quelque sorte la nature. Mais ce qui, vraiment, est dans les lois de cette mère sage, c’est la lésion du fort sur le faible puisque, pour arriver à ce procédé, il ne fait qu’user des dons qu’il a reçus. »

«  Plaignons-nous de ne pouvoir assez faire, plaignons-nous de la faiblesse des facultés que nous avons reçues pour partage, et dont les bornes ridicules contraignent à tel point nos penchants. Et, loin de remercier cette nature inconséquente du peu de liberté qu’elle nous donne pour accomplir les penchants inspirés par sa voix, blasphémons-la, du fond de notre cœur, de nous avoir autant rétréci la carrière qui remplit ses vues ; outrageons-la, détruisons-la, pour nous avoir laissé si peu de crimes à faire, en donnant de si violents désirs d’en commettre à tous les instants « 

SUICIDE

Il y en a qui se suicident par amour, pas uniquement à la suite d’une rupture amoureuse insupportable, mais aussi parce qu’il leur semble que personne, dans ce monde, ne les aime, ne les comprend, ne les reconnaît. Et il y en a, des prétentieux, des ambitieux surtout – souvent des VIP – qui se suicident parce que leur honneur ou leur réputation a été souillé – « trainé dans la boue » comme on dit. SADE ne risque pas d’être l’un de ceux-là.

Rupture amoureuse ? Ah ah ah

« je me persuade que ce n’est que le cœur que je veux, que toute idée de jouissance est exclue, et je me le persuade si bien, que je ferais volontiers avec cette femme l’arrangement de ne l’aimer que pour elle – même, et d’acheter son cœur au prix du sacrifice de tous mes désirs physiques. Voilà la cause cruelle de mon erreur ; voilà ce qui va m’entraîner dans ce gouffre affreux de chagrins ; voilà ce qui va flétrir ma vie ; tout va changer pour moi dans cet instant : les soupçons, les jalousies, les inquiétudes vont devenir les aliments cruels de ma malheureuse existence ; et plus j’approcherai de mon bonheur, plus il se constatera, plus la fatale crainte de le perdre empoisonnera mes jours »

 » toute espèce de chaîne est une folie, tout lien est un attentat à la liberté physique dont nous jouissons sur la surface du globe. »

Honneur souillé ou mérite méprisé ?

«  La seule cause de toutes nos erreurs vient de ce que nous prenons toujours pour les lois de la nature, ce qui ne vient que des coutumes ou des préjugés de la civilisation. «

 » Dès qu’aucune action ne peut être universellement regardée comme crime, l’existence du crime, purement géographique, devient absolument nulle, et l’homme qui s’abstient d’en commettre, quand il en a reçu le penchant de la nature, n’est qu’un sot qui s’aveugle à plaisir sur les premières impressions de cette nature, dont il méconnaît les principes. »

 » La vertu n’est point le sentiment habituel de l’homme, qu’elle n’est simplement que le sacrifice forcé que l’obligation de vivre en société le contraint à faire. « 

«  c’est outrager un fantôme que d’offenser les lois des hommes. Ceux qui travaillèrent à cette civilisation avaient-ils mon consentement ? et puis-je adhérer aux lois qui répugnent à ma conscience et à ma raison ? « 

 » Bien fou est celui qui adopte une façon de penser pour les autres ! « 

 » Est-ce pour le prochain que nous existons, ou pour nous ? « 

 » Ce n’est point de votre vertu dont le monde a besoin, c’est seulement de pouvoir vous en supposer….si tous les hommes étaient vicieux de meilleure foi, l’hypocrisie ne serait pas nécessaire mais faussement persuadés que la vertu a des avantages, ils veulent absolument y tenir par quelque côté.  »

 » Et que me fait à moi l’opinion des hommes ! que m’importe ce qu’ils pensent de mon individu ! pourvu que je trouve le bonheur dans les principes que je me suis faits. De deux choses l’une : ou ils me cachent cette opinion, de ce moment elle ne me fait aucun mal ; ou ils me la témoignent, et j’éprouve dès lors une jouissance de plus. Oui sans doute, une jouissance ; le mépris des sots en est une pour le philosophe ; il est délicieux de braver l’opinion publique ; et le comble de la sagesse, sans doute, est de la réduire au silence. On nous vante l’estime générale : et que gagne-t-on, je vous prie, à être estimé des autres ? Ce sentiment coûte à l’homme ; il offense l’orgueil : j’aimerai quelquefois celui que je méprise, jamais celui que je révère. « 

 » Ayons la force de renoncer à ce que nous attendons des autres, et nos devoirs vis-à-vis d’eux s’anéantiront aussitôt. « 

 » Quand nous nous sommes livrés à une mauvaise action, de quelque atrocité qu’elle puisse être, que la satisfaction qu’elle nous a donné ou le profit que nous en avons recueilli nous console amplement du mal qui en a rejailli sur notre prochain. Avant que de commettre cette action, nous avons bien prévu le mal qu’en ressentiraient les autres ; cette pensée ne nous a pourtant pas arrêtés ; au contraire, le plus souvent, elle nous a fait plaisir. « 

 » Si quelque fois nos besoins nous rapprochent, séparons-nous dès que nos intérêts l’exigent., parce que l’égoïsme est la première des lois de la nature, la plus juste, la plus sacrée. « 

 » ce n’est jamais que par nos sens que les êtres nous sont connus, ou produisent des idées en nous ; ce n’est qu’en conséquence des mouvements imprimés à notre corps que notre cerveau se modifie ou que notre âme pense, veut et agit. « 

Publié dans : Non classé | le 9 avril, 2016 |Pas de Commentaires »

LES GUIGNOLS

Le service de la société est devenu si important, la société est devenue si sacrée, que « d’illustres personnages » d’un ridicule achevé, d’une prétention inouie peuvent occuper le devant de la scène sans que cela choque grand monde. Ils peuvent , en effet, faire comme s’ils possédaient la Vérité en matière de morale, en matière de relations sociales, en matière de droits, en matière de liberté d’expression, en matière de vie en société. Pour que ce soit possible, il faudrait qu’ils sachent ce que c’est qu’un être humain, en plus bien sûr de ses caractères anatomiques et organiques.

Mais pour cela, il faudrait que L‘être humain (essence) existe, et il faudrait savoir ce qui est bon, bien pour lui. Comme cela ne risque pas d’arriver, tout jugement définitif procède d’un parti-pris idéologique. Un type de société devenant une fin en soi. On n’est pas obligé de l’épouser. Contre ce fait, on évolue vers un système de surveillance et de contrôle quasi-soviétique. On nous fera bientôt la liste des mots que l’on peut utiliser, la liste, pour chacun d’eux, des sens que l’on peut lui donner, la liste des idées que l’on peut exprimer, pour être dans la ligne de ce parti-pris idéologique de plus en plus dogmatique. Le sacré gagne. C’est normal, cela se déglingue, on se crispe. C’est curieux : multiculturalisme à outrance d’un côté, dogmatisme et répression de l’autre. ( Il n’est pas question non plus de faire fonctionner la démocratie à plein et de demander leur avis aux gens.)

Il faut donc prendre la défense des pauvres singes que nous sommes souvent. En effet, la citation suivante : « Il est aussi vain de prétendre qu’il puisse exister dans l’univers une planète semblable à la planète terre avec des êtres vivants plus ou moins similaires à l’être humain que de prétendre le contraire. Voilà le type même de la proposition indécidable pour laquelle cependant il pourra se trouver des hommes capables de s’affronter et c’est ce qui les différencie des singes qui, comme les hommes, sont capables de se battre pour des bananes, mais seulement s’il y a des bananes, alors que les hommes peuvent se tuer pour ce qu’ils ont construit en imagination et ont par la suite absolutisé  » (Ken MAVERICK .- La fracture de l’Être) donne à réfléchir;

Oui, nous sommes nombreux à ne pas vouloir systématiser, généraliser, théoriser par ambition intellectuelle, nombreux à parler ou écrire sans préméditation, à ignorer la portée possible de nos affirmations.. Mais il y a beaucoup de gens qui ont fait de leur idéologie une religion, et ont sacralisé leurs opinions..(Ce n’est pas neuf, hélas, et c’est dangereux comme on l’a vu dans le passé)

Quand Abnousse SHALMANI est passée à Bibliothèque Médicis à l’occasion de la publication de son livre : « KHOMEINY SADE et moi » elle a dit ceci en échangeant avec JP ELKABBACH : « La notion de sacré est une chose dont on doit absolument se débarrasser. (la lecture de SADE ndr) m’a permis de faire un énorme ménage. Cela m’a libérée.

JPE : Vous ne distribuerez pas le Coran à Daesh, vous distribuerez les « 120 journées »…

AS : Ah je les bombarderais des « 120 journées ». Ca leur ferait un bien fou. Ils seraient tellement choqués  »

Je dis, cela dépend. Question abominations, Daesh n’a pas besoin qu’on lui donne des idées. En revanche, de l’air !

Navigation à voile. Choquer une voile consiste à relâcher une écoute pour ouvrir l’angle formé entre la voile et l’axe du bateau. « Choquer » signifie, pour tout autre bout à bord « relâcher », « donner du mou ».

C’est peut-être une bonne idée d’utiliser certains propos de SADE pour secouer cette cohorte d’Ayatollahs ou d’intégristes frénétiques à laquelle nous avons affaire aujourd’hui. (Je ne parle plus de Daesh) Car contrairement à Michel ONFRAY, je pense que ce sont les scènes de cruauté monstrueuse qui devraient être retirées de la circulation, alors que la philosophie du marquis (athéisme absolu) devrait être beaucoup mieux connue et expliquée.

Il n’est pas si fréquent que des propos philosophiques soient choquants. Alors choquons, froissons, hérissons, scandalisons la susceptibilité et les pieux sentiments des culs-bénis qui manient les concepts de valeur à tours de bras ou s’en drapent comme des paons. Atteintes aux principes sacrés dits républicains. Quasi blasphèmes.

LA MORALE

« On appelle conscience cette espèce de voix intérieure qui s’élève en nous à l’infraction d’une chose défendue, de quelque nature qu’elle puisse être : définition bien simple qui fait voir du premier coup d’oeil que cette conscience n’est l’ouvrage que du préjugé reçu par l’éducation tellement que tout ce qu’on interdit à l’enfant lui cause des remords dès qu’il l’enfreint , et qu’il conserve ses remords jusqu’à ce que le préjugé vaincu lui ait démontré qu’il n’y avait aucun mal réel dans la chose défendue. « 

« Ainsi la conscience est purement et simplement l’ouvrage ou des préjugés qu’on nous inspire ou des principes que nous nous formons. Cela est si vrai qu’il est très possible de se former avec des principes nerveux une conscience qui nous tracassera, qui nous affligera, toutes les fois que nous n’aurons pas rempli dans toute leur étendue les projets d’amusements, même vicieux, même criminels, que nous nous étions promis d’éxecuter pour notre satisfaction. « 

 » C’est le préjugé seul qui fait l’infamie, que d’actions passent pour telles et qui n’ont cependant que le préjugé pour base de cette opinion sur leur compte. « 

 » L’espèce de délit doit donner plus ou moins de violence aux remords…Sans doute parce que le préjugé d’un grand crime est plus fort que celui d’un petit. La punition de la loi plus sévère. Mais sachez détruire également tous les préjugés. « 

 » Ôtez le châtiment, changer l’opinion, anéantissez la loi, déclimatisez le sujet, le crime restera toujours , et l’individu n’aura pourtant plus de remords. Le remords n’est donc plus qu’une réminiscence fâcheuse, résultative des lois et des coutumes adoptées, mais nullement dépendante de l’espèce de délit. »

 » Qu’on le remarque bien, : c’est presque toujours la sotte importance que nous mettons à certaine chose qui finit par l’ériger en vertu ou en vice : renonçons à nos imbéciles préjugés sur cela, qu’il soit aussi simple de dire à une fille, à un garçon ou à une femme qu’on a envie de s’en amuser, qu’il l’est dans une maison étrangère de demander les moyens d’apaiser sa faim ou sa soif »

 » Que pendant un mois la chance tourne, que le glaive de Thémis frappe ce que vous appelez la vertu et que les lois récompensent le crime, , vous verrez, à l’instant, le vertueux frémir et le scélérat tranquille en se livrant l’un et l’autre à leurs actions favorites.  »

 » Les punitions que l’on emploie pour l’homme sont-elles autre chose que des crimes ? Qui les excuse ? La nécessité de gouverner. « 

« C’est le seul orgueil de l’homme qui érigea le meurtre en crime : cette vaine créature s’imaginant être la plus sublime du globe, se croyant la plus essentielle, partit de ce faux principe pour assurer que l’action qui la détruisait ne pouvait qu’être horrible ; mais sa vanité, sa démence ne change rien aux lois de la nature ; il n’y a point d’être qui n’éprouve au fond de son cœur le désir le plus véhément d’être défait de ceux qui le gênent, ou dont la mort peut lui être avantageuse ; et de ce désir à l’effet, Justine, imagines-tu que la différence soit bien grande ? « 

 » Celui qui sait étouffer les cris de sa conscience au point de se faire un jeu de la vie des autres, est, de ce moment, seul capable des plus grandes choses….. Il y a tout plein de gens dans le monde qui deviennent criminels pour leur compte parce que le gouvernement ne sent pas ce qu’ils valent et qu’il néglige de les employer. Les Alexandre, les Saxe, les Turenne seraient peut-être devenus des voleurs de grands chemins si leur naissance et le hasard ne leur eussent pas préparé des lauriers dans la carrière de la gloire ; et les Cartouche les Mandrins, les Desrues assurément de grands hommes si le gouvernement eut su les employer. « 

« Ne voyons-nous pas, ne sentons-nous pas que l’atrocité dans le crime plaît à la nature, puisque c’est en raison d’elle seule qu’elle règle la dose des voluptés qu’elle nous procure lorsque nous commettons un crime. Plus il est affreux, plus nous jouissons, plus il est noir, plus nous sommes chatouillés. »

Résumons :  » On honore du nom de vertu toutes les différentes manières d’être d’une créature par lesquelles cette créature, abstractivement de ses plaisirs et de ses intérêts, se porte au bonheur de la société ; d’où il résulte que pour être vertueux, je dois oublier tout ce qui m’appartient pour ne plus m’occuper que de ce qui intéresse les autres.  » D’où il résulte surtout qu’en changeant de société et de conception afférente du bonheur, en changeant le contexte (guerre ou paix par exemple) , en changeant d’époque, on change aussi de vertu ou de morale. A chaque société sa morale. En sacralisant la seconde, on sacralise la première.

 » Il est essentiel que je t’indique à présent la manière d’éteindre totalement en soi cette voix confuse qui, dans le calme des passions vient encore quelque fois réclamer contre les égarements où elles nous ont portés ; or cette manière est aussi sûre que douce puisqu’elle ne consiste qu’à renouveler si souvent ce qui nous a donné des remords que l’habitude, ou de commettre cette action ou de la combiner énerve entièrement toute possibilité d’en pouvoir former des regrets.  »

 » Il n’y a de malheureux dans le crime que celui qui s’arrête en chemin. Ce n’est qu’à force de jouir du crime, qu’on parvient à découvrir ses véritables attraits. « 

« Il est une infinité d’autres devoirs, d’autres conventions sociales, d’autres barrières qui te gêneront bientôt autant que l’avait fait la religion si ton esprit aussi fougueux qu’indépendant ne se fait pas une loi de tout enfreindre….des préjugés, quoique tu puisses faire, viendront te troubler encore, en raison de l’épaisseur des freins que tu auras rompus : fatals effets de l’éducation, auxquels une profonde réflexion une persévérance soutenue et surtout des habitudes enracinées peuvent seules remédier… »

 » Si vous n’étiez pas sûre de n’avoir point de remords, et vous ne le serez jamais que par l’habitude du crime, inutile travailleriez-vous à vous rendre maîtresse du jeu de votre physionomie : il viendrait la décomposer sans cesse et vous trahir à tous les instants Ne restez donc point en chemin, vous seriez la plus malheureuse des femmes si vous ne comettez qu’un seul délit…La multitude, seule, de vos forfaits étouffera le remords, fera naître la douce habitude qui les émousse si bien et assurera à votre physionomie le masque nécessaire à tromper les autres. ….Donnez ensuite à votre imagination la liberté de vous présenter , par gradation, différentes sortes d’égarements ; parcourez-les toutes en détail ; passez-les successivement en revue …choisissez ce qui vous fait plaisir, mais plus d’exception, ne supprimez rien ; nul égard pour qui que ce soit ; qu’aucun lien ne vous captive. : qu’aucun frein ne vous retienne « 

 » Il faut savoir se dédommager par d’autres petits plaisirs : la dureté d’âme envers les malheureux le refus de les soulager, l’action de les plonger soi-même dans l’infortune…. la misère de ces infortunés est un spectacle qui prépare déjà la commotion que nous sommes accoutumés à recevoir par l’impression de la douleur. Ils nous implorent, nous ne les soulageons pas, voilà presque l’ébranlement donné. Un pas de plus, le feu s’allume. ».

 » Tu n’as trouvé cet homme malheureux que par la comparaison que tu en as faite avec toi. Mais foncièrement, il ne l’est pas. S’il t’a dit qu’il se croyait tel, c’était de même, à cause de la comparaison qu’il établissait à l’instant de lui à toi ; qu’il se retrouve avec ses égaux, tu ne l’entendras plus se plaindre. Le Russe éclairé s’aperçoit de ce qui lui manque. Le Russe assoupli ne verrait rien au-delà de ses besoins physiques. Or, dans laquelle des deux situations l’homme est-il le plus fortuné, est-ce dans celle où le bandeau loin de ses yeux lui fait apercevoir toutes les privations ou dans celle où son ignorance ne lui en laisse soupçonner aucune ? « 

 » J’aime à présent le mal pour lui-même , ce n’est que dans son sein que mes plaisirs s’allument, et nulle volupté n’existerait pour moi si le crime ne l’assaisonnait pas. « 

PROPOS A PROCES

 » L’homme du peuple n’est que l’espèce qui forme le premier échelon après le singe des bois et la distance du singe à lui est absolument comme celle de lui à l’individu de la première caste…Et pourquoi la nature qui observe toutes ces gradations avec tant de rigueur dans tous ses ouvrages les aurait-elle  négligées dans celui-ci ? Tous les animaux sont-ils de même figure et de même force ? Oserez-vous rapprocher VOLTAIRE de FRERON et le mâle grenadier prussien du débile Hottentot ? «  

 » il y a nécessairement dans les intentions de la nature une classe d’individus essentiellement soumise à l’autre par sa faiblesse et par sa naissance ; ceci posé, si le sujet sacrifié par l’individu qui se livre à ses passions est de cette classe faible et débile, le sacrificateur, en ce cas, n’a pas fait plus de mal que le propriétaire d’une ferme qui tue son cochon. Douteriez-vous de mon premier principe ? Parcourez l’univers, je vous défie d’y trouver un seul peuple qui n’ait eu sa caste méprisée ; les Juifs formaient celle des Égyptiens ; les Ilotes celle des Grecs ; les Parias celle des Brames ; les Nègres celle de l’Europe. Quel est, je vous prie, le mortel assez imbécile pour oser affirmer, en dépit de l’évidence, que tous les hommes naissent égaux en droits et en force ! ….Et bien ! vous disent ici les imbéciles partisans d’une impossible égalité, nous ne pouvons disputer la priorité physique et morale de certaines créatures sur d’autres : elle nous frappe, il faut en convenir ; mais accordez-nous au moins que tous les êtres doivent être égaux aux yeux de la loi. Et voilà certes ce dont je me garderai bien de convenir. Comment voulez-vous en effet que celui qui a reçu de la nature la plus extrême disposition au crime, soit à cause de la supériorité de ses forces, de la délicatesse de ses organes, soit en raison de l’éducation nécessitée par sa naissance ou par ses richesses ; comment, dis-je, voulez-vous que cet individu puisse être jugé par la même loi, que celui que tout engage à de la vertu ou de la modération ? Serait-elle plus juste la loi qui punirait de même ces deux hommes ? Est-il naturel que celui que tout invite à mal faire, soit traité comme celui que tout engage à se comporter prudemment ? Il y aurait à ce procédé une inconséquence affreuse, une injustice abominable, que toute nation prudente et sage ne pourrait jamais se permettre. Il est impossible que la loi puisse également convenir à tous les hommes. Il en est de ce médicament moral comme des remèdes physiques. Ne ririez-vous pas du charlatan qui, n’ayant qu’une pratique semblable pour tous les tempéraments, purgerait le fort de la halle comme la petite maîtresse à vapeurs ? « 

 » La nécessité de se rendre mutuellement heureux ne peut exister, vous en conviendrez, qu’entre deux êtres également pourvus de la faculté de se nuire, et par conséquent entre deux êtres d’une même force. Une telle association ne saurait avoir lieu, qu’il ne se forme aussitôt un pacte entre ces deux êtres, de ne faire, chacun vis-à-vis de l’autre, que la sorte d’usage de leur force qui ne peut nuire à aucun des deux ; mais cette ridicule convention ne saurait assurément exister entre l’être fort et l’être faible. De quel droit ce dernier exigera-t-il que l’autre le ménage ? et par quelle imbécillité le premier s’y engagerait-il ? Je puis consentir à ne pas faire usage de mes forces avec celui qui peut se faire redouter par les siennes ; mais par quel motif en amoindrirai-je les effets avec l’être que m’asservit la nature ? Me répondrez-vous : Par pitié ? Ce sentiment n’est compatible qu’avec l’être qui me ressemble ; et, comme il est égoïste, son effet n’a lieu qu’aux conditions tacites que l’individu qui m’inspirera de la commisération en aura de même à mon égard. Mais si je l’emporte constamment sur lui par ma supériorité, sa commisération me devenant inutile, je ne dois jamais l’acheter par aucun sacrifice. Ne serai-je pas une dupe d’avoir de la pitié pour un être auquel je ne dois jamais en inspirer ? dois-je pleurer la mort du poulet que l’on égorge pour mon dîner ? Cet individu, trop au dessous du mien, n’ayant aucune relation avec le mien, ne peut faire naître en mon cœur aucun sentiment. Or, les rapports de l’épouse avec le mari ne sont pas d’une conséquence différente que celle du poulet avec moi. L’un et l’autre sont des bêtes de ménage, dont il faut se servir, d’après les vues indiquées par la nature, sans les différencier en quoi que ce puisse être. Mais, je vous le demande, mesdames, si l’intention de la nature était que votre sexe fût créé pour le bonheur du nôtre, et vice versa, aurait-elle fait, cette nature aveugle tant d’inepties dans la construction de l’un et de l’autre de ces sexes ? leur eût-elle prêté des torts si graves. que l’éloignement et l’antipathie mutuelle en dussent nécessairement résulter ? « 

 » Or, que vois-je en procédant de sang-froid à cet examen ? Une créature chétive, toujours inférieure à l’homme, infiniment moins ingénieuse, moins sage, constituée d’une manière dégoûtante, entièrement opposée à ce qui peut plaire à son maître… à ce qui doit le délecter ; un être malsain les trois quarts de sa vie, hors d’état de satisfaire son époux tout le temps où la nature le contraint à l’enfantement ; d’une humeur aigre, acariâtre, impérieuse ; tyran, si on lui laisse des droits ; bas et rampant, si on le captive, mais toujours faux, toujours méchant, toujours dangereux ; une créature si perverse enfin, qu’il fut très sérieusement agité au concile de Mâcon, pendant plusieurs séances, si cet individu bizarre, aussi distinct de l’homme que l’est de l’homme le singe des bois, pouvait prétendre au titre de créature humaine, et si l’on pouvait raisonnablement le lui accorder. «  

 » Ne perdons jamais de vue que la femme qui essaie de nous captiver le mieux cache certainement des défauts qui nous dégoûteraient bientôt si nous pouvions les connaître. Que notre imagination les voit, ces détails qu’elle les soupçonne, qu’elle les devine et cette première opération, faite dans le moment où l’amour naît, parviendra peut-être à l’éteindre. Est-elle fille , Certainement elle exhale quelque odeur malsaine si ce n’est dans un temps, c’est dans l’autre. Est-ce bien la peine de s’enthousiasmer devant un cloaque ? Est-elle femme ? Les restes d’un autre peuvent, j’en conviens, exciter un moment nos désirs, mais notre amour ? Et qu’idolâtrer d’ailleurs ? Le vaste moule d’une douzaine d’enfants ? Représentez-vous la quand elle accouche, cette divinité de votre coeur. Voyez cette masse informe de chair sortir gluante et empestée du centre où vous croyez trouver votre bonheur. Déshabillez enfin, même dans un autre temps, cette idole de votre âme, seront-ce ces deux cuisses courtes et cagneuses qui vous tourneront la cervelle ? Ou ce gouffre impur et fétide qu’elles soutiennent ? Ah, ce sera peut-être ce tablier plissé qui, retombant en ondes flottantes sur ces mêmes cuisses échauffera votre imagination ? Ou ces deux globes amollis et pendant jusqu’au nombril ? Peut-être est-ce au revers de la médaille que votre hommage s’érige ? Et ce sont ces deux pièces de chair flasque et jaunie, renfermant en elles un trou livide qui se réunit à l’autre. Ou ce sont assurément ces charmes-là dont votre esprit se repaît, et c’est pour en jouir que vous vous ravalez de la condition des bêtes les plus stupides ! Mais je me trompe, ce n’est rien de tout cela qui vous attire. De bien plus belles qualités vous enchaînent. C’est ce caractère faux et double, cet état perpétuel de mensonge et de fourberie, ce ton acariâtre, ce son de voix semblable à celui des chats, ou ce putanisme ou cette pruderie, cette calomnie, cette méchanceté, cette contradiction, cette inconséquence  »

Plus le temps passe, plus l’homme devient intelligent et la femme stupide. Impossible de les assembler sauf pour des impératifs sexuels.

L’HUMANITARISME

« Une fois lancé, l’homme ne tient plus à la nature ; une fois que la nature a lancé, elle ne peut plus rien sur l’homme ; toutes ses lois sont particulières. Par le premier élancement, l’homme reçoit des lois directes dont il ne peut plus s’écarter ; ces lois sont celles de sa conservation personnelle… de sa multiplication, lois qui tiennent à lui… qui dépendent de lui, mais qui ne sont nullement nécessaires à la nature ; car il ne tient plus à la nature, il en est séparé. Il en est entièrement distinct, tellement, qu’il n’est point utile à sa marche… point nécessaire à ses combinaisons, qu’il pourrait ou quadrupler son espèce, ou l’anéantir totalement, sans que l’univers en éprouvât la plus légère altération. S’il se détruit, il a tort, toujours d’après lui. Mais aux yeux de la nature, tout cela change. S’il se multiplie, il a tort, car il enlève à la nature l’honneur d’un phénomène nouveau, le résultat de ses lois étant nécessairement des créatures. Si celles qui sont lancées ne se propageaient point, elle lancerait de nouveaux êtres, et jouirait d’une faculté qu’elle n’a plus. « 

« La nature permet la propagation, mais il faut bien se garder de prendre sa tolérance pour un ordre. Elle n’a pas le plus petit besoin de la propagation et la destruction totale de la race, qui deviendrait le plus grand malheur du refus de propagation l’affligerait si peu qu’elle n’interromprait pas plus son cours que si l’espèce entière des lapins ou des lièvres venait à manquer sur notre globe. « 

« Aucun être ici-bas n’est exprès formé par la nature, aucun n’est fait à dessein par elle. «

 » Un de nos plus grands préjugés sur les matières dont il s’agit, naît de l’espèce de lien que nous supposons gratuitement entre un autre homme et nous, lien chimérique, absurde, dont nous avons formé cette espèce de fraternité sanctifiée par la religion. …..Le prétendu fil de fraternité ne peut donc avoir été imaginé que par le faible, car il n’est pas naturel que le plus fort, qui n’avait besoin de rien, ait pu lui donner l’existence : pour assouplir le plus faible, sa force seule lui devenait nécessaire mais nullement ce fil qui, dès lors, n’est que l’ouvrage du faible et n’est plus fondé que sur un raisonnement aussi futile que le serait celui de l’agneau au loup : vous ne devez pas me manger car j’ai quatre pieds comme vous. « 

« si j’avais quelques principes moraux à établir, ce ne serait pas dans l’âme de l’être faible que j’irais chercher des préceptes. Celui qui craint de recevoir du mal, dira toujours qu’il n’en faut point faire ; tandis que celui qui se moque des dieux, des hommes et des lois, ne cessera jamais d’en commettre. «

« L’hospitalité fut la vertu prêchée par le faible; sans asile, sans énergie, n’attendant son bien-être que des autres, il dut assurément préconiser une vertu qui lui préparait des abris. .;;dans quels dangers ceux qui l’exercent ne précipitent-ils pas les infortunés qu’ils hébergent ? En les accoutumant à la fainéantise, ils pervertissent les qualités morales de ces hôtes paresseux qui finiront bientôt par aller loger de force dans vos maisons quand votre générosité ne leur ouvrira plus la porte. « 

« Le pouvoir de détruire n’est pas accordé à l’homme , il a tout au plus, celui de varier des formes, mais il n’a pas celui de les anéantir. Or toute forme est égale aux yeux de la nature. »

 » Le principe de la vie, dans tous les êtres, n’est autre que celui de la mort ; nous les recevons et les nourrissons dans nous, tous deux à la fois. A cet instant que nous appelons mort, tout paraît se dissoudre ; nous le croyons, par l’excessive différence qui se trouve alors entre cette portion de matière, qui ne paraît plus animée ; mais cette mort n’est qu’imaginaire, elle n’existe que figurativement et sans aucune réalité. La matière, privée de cette autre portion subtile de matière qui lui communiquait le mouvement, ne se détruit pas pour cela ; elle ne fait que changer de forme, elle se corrompt, et voilà déjà une preuve de mouvement qu’elle conserve ; elle fournit des sucs à la terre, la fertilise, et sert à la régénération des autres règnes, comme à la sienne. Il n’y a enfin nulle différence essentielle entre cette première vie que nous recevons, et cette seconde qui est celle que nous appelons mort. Car la première se fait par la formation de la matière qui s’organise dans la matrice de la femelle, et la seconde est, de même, de la matière qui se renouvelle et se réorganise dans les entrailles de la terre. Ainsi, cette matière éteinte redevient elle-même, dans sa nouvelle matrice, le germe des particules de matière éthérée, qui seraient restées dans leur apparente inertie « 

 » La mort n’est, physiquement et philosophiquement vue, qu’une différente modification de la matière dans laquelle le principe actif ou , si l’on veut, le principe de mouvement ne cesse jamais d’agir, quoique d’une manière moins apparente. La naissance de l’homme n’est donc pas plus le commencement de son existence que la mort n’en est la cessation ; et la mère qui l’enfante ne lui donne pas plus la vie que le meurtrier qui le tue ne lui donne la mort. L’une produit une espèce de matière organisée dans tel sens, l’autre donne occasion à la renaissance d’une matière différente ; et tous deux créent. »

« Souvenez-vous que toutes les fois que, dans un gouvernement quelconque, la population sera supérieure aux moyens de l’existence ce gouvernement languira « 

  » Ce sont les privations des autres qui nous font sentir nos jouissances. Au milieu d’êtres qui en auraient d’égales aux nôtres, nous ne serions jamais contents. Si donc c’est le spectacle des malheureux qui doit nécessairement compléter notre bonheur, par la comparaison fournie d’eux à nous, il faut donc se garder de compléter ceux qui existent, car en les sortant par ces secours de la classe qui fournit à vos comparaisons, vous vous privez de ces comparaisons, et par conséquent de ce qui améliore vos jouissances. » Si les migrants n’avaient ni radio, ni télé, s’ils ne savaient rien de ce qui se passe en Europe, ils seraient restés chez eux.

Le fort, l’opulent : « s’il jouit de ce faible, s’il l’assouplit à ses caprices, s’il le tyrannise, le vexe, s’il s’en divertit, s’en amuse ou le détruit, il sert la nature ; mais s’il l’aide au contraire, s’il l’égalise en lui prêtant une partie de ses forces ou l’étayant d’une portion de son autorité, il détruit nécessairement alors l’ordre de la natureil pervertit la loi générale. D’où il résulte que la pitié bien loin d’être une vertu, devient un vice réel  »

 » En vain offrait-on à mes regards tranquilles tout ce qu’on imaginait de plus propre à troubler ma sensibilité : des mères éplorées, des enfants nus, des spectres dévorés par la faim. Rien ne m’ébranlait, rien ne sortait mon âme de son assiette ordinaire et l’on obtenait jamais de moi que le refus. Ce fut alors qu’en me rendant compte de mes sensations, j’éprouvai, au lieu du sentiment possible de la pitié, une certaine commotion produite par le mal que je croyais faire en rejetant ces malheureux et qui fit circuler dans mes veines une flamme à peu près semblable à celle  qui nous brûle chaque fois que nous brisons un frein ou que nous subjuguons un préjugé  »

Les migrants, d’ailleurs, jettent à la mer ceux qui ne leur plaisent pas.

 » Il est d’abord essentiel, non seulement de permettre, mais même d’autoriser l’infanticide. Ce n’est que par ce moyen sage que la Chine a diminué l’excessive population qui la desséchait, qui l’opprimait avec tant de violence, et qui, sans doute, eut fini par renverser tout à fait sa constitution. Le sage Chinois, détruisant avec courage l’enfant qu’il ne peut nourrir, ne soupçonne aucun crime à se débarrasser un peu plus tôt ou un peu plus tard de la matière dont il est surchargé. Contraignons à cette loi le peuple que nous voulons asservir ; gardons-nous surtout d’ériger aucun asile pour le fruit de son libertinage ; que celle qui le porte, obligée de le mettre bas publiquement, ne puisse le sauver par aucun moyen ; qu’elle soit elle-même punie de mort, si elle veut conserver ce fruit inutile, comme dans l’île d’Othaïti, où les femmes de la société des Arreoïs sont foulées aux pieds, si elles laissent voir le jour à leurs enfants, ou si elles ne les tuent pas dès qu’ils sont nés. Il faut ensuite que des commissaires fassent régulièrement des visites annuelles chez tous les paysans, et soustraient impitoyablement ce que chaque père de famille a de trop. Ces visites seront inattendues… imposantes ; et le bourreau, qui suivra toujours ceux qui les feront, massacrera sans pitié tout le superflu d’une maison. Chaque famille ayant plus qu’il ne lui faut de trois enfants, ce sera l’excédent de ce nombre qui tombera sans pitié sous le fer exterminateur des commissaires. Ne craignez pas, avec de telles précautions, que ce paysan ose maintenant donner l’existence à plus d’enfants que ne lui en permettra la loi « 

Annexe :

René DUMONT :

« La plus grave menace pour l’avenir de l’humanité reste l’explosion démographique, la prolifération du plus redoutable prédateur, l’homme, sur une petite planète. (…) Notre petite planète n’est pas capable de supporter longtemps les conséquences d’une surpopulation délirante et de l’activité industrielle incontrôlée de notre société de consommation, qui épuise les ressources rares non renouvelables de cette Terre, et qui pollue, défigure et finalement détruit une large part d’un écosystème dont nous faisons partie. »

Claude LEVI-STRAUSS :

« Je ne peux pas avoir beaucoup d’espoir pour un monde trop plein. »

Jean-Yves COUSTEAU :

« Notre société devient une société de consommation effrénée. C’est un cercle vicieux que je compare au cancer… Devrions-nous éliminer la souffrance, les maladies? L’idée est belle, mais peut-être pas profitable à long terme. Notre peur des maladies ne doit pas mettre en danger le futur de notre espèce. C’est une chose terrible à dire. Mais pour stabiliser la population mondiale, nous devons éliminer 350.000 personnes par jour. C’est une chose horrible à dire, mais ne rien dire l’est encore plus. »

Aujourd’hui, il faudrait prévoir nettement plus que cela. Les femmes, avec l’avortement, nous montrent la voie. Il est certain qu’une bonne partie de l’humanité aurait préféré ne pas avoir été mise au monde. Une bonne partie n’est pas souhaitable.  C’est un peu comme les chaînes de télé, on pourrait en supprimer la moitié, quelle importance !.

Politique du chiffre :

caduc   Ceci détruira cela :

terre

L’ATHEISME ABSOLU

C’est à dire rien que de la matière. Point final. Mais encore doit-on préciser ce que SADE entend par là.

 » La source de nos erreurs vient de ce que nous regardons notre corps comme de la matière brute et inerte, tandis que ce corps est une machine sensible, qui a nécessairement la conscience momentanée de l’impression qu’il reçoit, et la conscience du moi par le souvenir des impressions successivement éprouvées. Retiens-le, Justine : ce n’est jamais que par nos sens que les êtres nous sont connus, ou produisent des idées en nous ; ce n’est qu’en conséquence des mouvements imprimés à notre corps que notre cerveau se modifie ou que notre âme pense, veut et agit. »

 » Rien qui fasse voir que la matière subtilisée ou modifiée de telle ou telle façon ne puisse produire la pensée. « 

« Tous les effets moraux tiennent à des causes physiques auxquelles ils sont irrésistiblement enchaînés…Sommes-nous maîtres de ces seconds effets quand les premières causes les nécessitent ? ….Et pouvons-nous nous opposer à ce choc quand il est lui-même le résultat de choses si étrangères à nous, et si dépendantes de notre organisation ? « 

En conséquence, face à la matière, pas d’égards, pas de timidité, pas de sentiments, pas de considérations métaphysiques ou morales. (C’est ainsi que nous nous comportons avec la matière et même avec les animaux) Mais ébranler les nerfs de toutes les façons possibles.

(A comparer avec : http://www.franceculture.fr/emission-la-conversation-scientifique-matiere-a-philosopher-2015-05-02 )

  » Quand l’honneur à nos yeux n’est qu’un préjugé, la réputation une chose indifférente, la religion une chimère, la mort un anéantissement total, n’est-ce donc pas la même chose de périr sur un échafaud ou dans son lit ? « 

« Comment peut-on porter l’extravagance au point de croire qu’une créature féminine devrait valoir mieux pour avoir une partie de son corps un peu plus ou un peu moins ouverte « 

« Le besoin de foutre n’est pas d’une moins haute importance que le besoin de boire ou de manger « 

 » Je voudrais bien que quelqu’un me répondit à quoi sert une femme sage dans le monde « 

 » Quelle nécessité y-a-t’il donc diront tous les hommes raisonnables, que le besoin de perdre un peu de semence me lie à une créature que je n’aimerai jamais ? « 

« Un peu de semence jetée par lui dans une matrice commune où ce qui peut germer germe, ne peut lui devenir une obligation de prendre soin de l’embryon germé et ne peut pas plus lui imposer de devoirs envers cet embryon , qu’envers celui de l’insecte que ses excréments déposés au pied d’un arbre auraient fait éclore ;…La femme seule devient maîtresse de l’embryon ; comme unique propriétaire de ce fruit plaisamment précieux, elle en peut donc entièrement disposer à son gré «

« Ce même être, que mes goûts ou mes violences rendent malheureux, parce qu’il est le plus faible avec moi, jouira de sa force avec un autre, et tout deviendra égal. Le chat détruit la souris, et est lui-même dévoré par d’autres animaux. Ce n’est absolument que pour cette destruction relative et générale que nous a créés la nature »

 » l’homme dont je te parle est un impie ; il te maniera pendant qu’on dira la messe devant lui ; à l’élévation il sortira d’une petite boîte une hostie aussi bien consacrée que celle qui s’élèvera devant toi ; il t’enculera avec cette hostie, pendant que le célébrant viendra te foutre, à son tour, avec celle qu’il viendra de consacrer. « 

« C’est votre maman que vous pleurez ma petite morveuse, n’est-ce pas ? ..et le libertin échauffé et de ces préliminaires et de ces propos et de ce qu’ils opéraient fit voir un vit foudroyant ;..oh monsieur, ayez pitié de mes larmes et accordez-moi une seule soirée de repos ;..Ah foutre, je n’aurais jamais cru que cette scène fut si voluptueuse. Déshabillez donc ! Déshabillez donc »

 » Quoique les effets soient repoussants, ce sont toujours des effets, et que ce soit le plaisir ou la douleur, qui s’offre à nous, voilà toujours une commotion certaine sur le fluide nerveux. Or, qui empêche que cette commotion de la douleur , infiniment plus vive et plus active que l’autre, ne parvienne à exciter dans ce fluide le même embrasement …..et remué pour être remué, qui empêche qu’avec de l’habitude je ne m’accoutume à me trouver aussi bien de l’être par les atomes qui repoussent que par les atomes qui accrochent. « 

« Plus la lésion qu’il fait au faible est atroce, plus il est voluptueusement ébranlé ; l’injustice le délecte ; il jouit des larmes que son oppression arrache à l’infortuné ; plus il l’accable, plus il l’opprime, et plus il est heureux, parce qu’il fait alors un plus grand usage des dons qu’il a reçu de la nature, que l’usage de ces dons devient un besoin et, par conséquent, de la volupté. »

LA MERE

« Les soins, (maternels) ils ne sont jamais les fruits que de l’usage ou de l’orgueil ; n’ayant rien fait de plus pour elle (sa fille ndr) que ce que prescrivent les mœurs du pays que vous habitez ;..Quant à l’éducation, il faut qu’elle ait été bien mauvaise car nous sommes obligés de refondre ici tous les principes que vous lui avez inculqués. ; il n’y en a pas un seul qui tienne à son bonheur, pas un qui ne soit absurde ou chimérique.  »

« C’est par habitude, par vanité ; que les femmes prolongent ces soins ; et, loin d’être utiles à l’enfant, ils affaiblissent son instinct, ils le dégradent, ils lui font perdre son énergie ; on dirait qu’il a toujours besoin d’être conduit. Je vous demande maintenant si, parce que la mère continue de prendre des soins dont l’enfant peut se passer, et qui ne sont avantageux qu’à elle, cet enfant doit se tenir engagé par la reconnaissance. »

« Quoi ! je devrais quelque chose à quelqu’un, parce que ce quelqu’un a fait pour moi ce dont je puis me passer à merveille, et ce dont lui seul a besoin ? Vous conviendrez qu’une telle façon de penser serait une affreuse extravagance. Voilà donc l’enfant parvenu à l’âge de puberté, sans que nous ayons encore aperçu dans lui le plus léger motif de gratitude pour sa mère ; que résultera-t-il de ses réflexions, s’il en fait alors ? Ose-t-on le dire : de l’éloignement, de la haine pour celle qui lui a donné le jour. Elle lui a transmis ses infirmités, les mauvaises qualités de son sang, ses vices, une existence, enfin, qu’il n’a reçue que pour être malheureux. Y a-t-il là, je vous le demande, de très grands motifs de reconnaissance, et n’en voyez-vous pas bien plutôt de la plus forte antipathie ? Il est donc clair que dans toutes les occasions de sa vie, où l’enfant sera le maître de disposer des jours de sa mère, il le pourra sans le plus petit scrupule, il le devra même décidément, parce qu’il ne peut que détester une telle femme ; que la vengeance est le fruit de la haine, et le meurtre, le moyen de la vengeance.  »

 » Taisez-vous, madame ; ne vous imaginez pas que cette qualité illusoire de mère vous laisse aucun droit sur moi. . Ce n’est pas un titre à mes yeux que de vous être fait foutre pour me mettre au monde «  

Et puis il y a les ravages de la reconnaissance, presque toujours attendue, parfois exigée :

 » par son action, en s’élevant au -dessus de vous, afflige votre orgueil et fait, par ce procédé, ressentir des mortifications à un sentiment dont les offenses ne se pardonnent jamais. »

 » quelque chose (qu’elle) ait faite pour vous, n’acquiert de droit, si vous êtes juste, qu’à votre perpétuelle antipathie ; vous profiterez de son service, mais vous détesterez (celle) qui vous le rend ; son existence vous pèsera, vous ne la verrez jamais sans rougir. Si on vous apprend sa mort, vous vous en réjouirez intérieurement, il vous semblera être dégagé d’un poids… d’une servitude ; et l’assurance d’être délivré d’un être aux yeux duquel vous ne pouviez plus paraître sans une espèce de honte deviendra nécessairement une jouissance « 

LES DROITS DE L’HOMME

C’est ce qui nous reste après avoir tout oublié des Lumières. « Homme » , c’est l’universel même. Les droits de l’Homme nous permettent de faire la guerre partout où nous le décidons sous prétexte qu’ils ont été bafoués.

Mais les droits de l’homme (homme = concept) ) sont une idée aussi conditionnée, aussi dépendante d’une culture, que n’importe quelle autre. C’est un préjugé comme un autre. Chacun, dans sa culture a une idée différente des droits de l’homme. L’idée de l’un n’est pas l’idée de l’autre car elle ne répond pas aux mêmes critères.

En Occident, l’idée est largement influencée par le christianisme. On ne s’étonnera pas, dans ces conditions, que ceux qui la manient fassent beaucoup de sentiments, recourent à l’émotion, fassent appel à la charité.

Bons sentiments et idéalisme. C’est comme si nous pensions : il suffirait d’intervenir ici ou là en faveur des droits de l’homme et du progrès pour que les problèmes soient réglés. Il suffirait de répandre les bonnes valeurs, tiens, celles que nous prônons, et ce monde meilleur adviendrait. Il est, cependant, curieux de constater qu’à mesure que l’on se rapproche de la conviction que tout est culturel, on dénie à d’autres cultures le droit de produire d’autres sortes d’individus. .

Il y en a qui font la guerre pour de toutes autres raisons que les droits de l’homme (ils ont, eux aussi, un projet universel, comme d’autres en leur temps) . Ils ne font aucun sentiment, mais ils savent que ce qui suscite l’émotion en Occident aura beaucoup d’impact. 

 » La conscience est purement et simplement l’ouvrage ou des préjugés qu’on nous inspire, ou des principes que nous formons. « 

 » Les trois quarts de l’univers peuvent trouver délicieuse l’odeur d’une rose, sans que cela puisse servir de preuve, ni pour condamner le quart qui pourrait la trouver mauvaise, ni pour démontrer que cette odeur soit véritablement agréable. »

 » La vertu n’est point le sentiment habituel de l’homme, qu’elle n’est simplement que le sacrifice forcé que l’obligation de vivre en société le contraint à faire. »

 » ils ont fait de la partie qu’ils ont nommée ÂME une substance isolée, et lui ont accordé le droit imaginaire de penser abstractivement de la matière dont elle émane uniquement. Ces opinions monstrueuses ne se justifiaient qu’en disant que les idées sont les seuls objets de la pensée, comme s’il n’était pas prouvé qu’elles ne peuvent nous venir que des objets extérieurs, qui, en agissant sur nos sens, ont modifié notre cerveau. Chaque idée sans doute est un effet ; mais, quelque difficile qu’il soit de remonter à sa cause, pouvons-nous supposer qu’elle ne soit pas due à une cause ? Si nous ne pouvons acquérir d’idées que par des substances matérielles, comment pouvons-nous supposer que la cause de nos idées puisse être immatérielle ? Oser soutenir que nous pouvons avoir des idées sans les sens, serait aussi absurde que de dire qu’un aveugle de naissance pourrait avoir une idée des couleurs. »

 » Tu n’as trouvé cet homme malheureux que par la comparaison que tu en as faite avec toi. Mais foncièrement, il ne l’est pas. S’il t’a dit qu’il se croyait tel, c’était de même, à cause de la comparaison qu’il établissait à l’instant de lui à toi ; qu’il se retrouve avec ses égaux, tu ne l’entendras plus se plaindre. »

 » il n’y a aucune proportion raisonnable entre ce qui nous touche et ce qui touche les autres. Nous sentons l’un physiquement, l’autre n’arrive à nous que moralement ; et les sensations morales sont trompeuses ; il n’y a de vrai que les sensations matérielles. « 

VIVE LES IMBECILES !

Ils font le bonheur des tyrans

« il ne faut jamais arracher le bandeau des yeux du peuple ; il faut qu’il croupisse dans ses préjugés, cela est essentiel. Où seraient les victimes de notre scélératesse, si tous les hommes étaient criminels ! Ne cessons jamais de tenir le peuple sous le joug de l’erreur et du mensonge : étayons-nous sans cesse du sceptre des tyrans ; protégeons les trônes, ils protégeront l’église « 

«  le caractère de la faiblesse est de supposer ou de craindre la force. « 

«  Il n’est point d’animal au monde plus dangereux que le peuple ; et tout gouvernement qui ne le tiendra pas dans la plus extrême servitude s’écroulera bientôt de lui-même. La tyrannie la plus outrée fait seule toute la sûreté de l’État. Lâchez le frein, le peuple se révolte ; accoutumez-le à l’aisance, il deviendra bientôt insolent ; soulagez-le, il vous insultera ; éclairez-le, il vous massacrera. « 

«  Plus le peuple s’étend, plus il est dangereux ; plus il s’éclaire, plus il est à craindre. On n’asservit jamais que dans l’ignorance. « 

« Eh ! non, non, mes amis, ce n’est que pour le peuple que la loi est faite. Se trouvant à la fois le plus faible et le plus nombreux, il lui faut absolument des freins dont l’homme puissant n’a que faire, et qui ne peuvent lui convenir sous aucun rapport. La chose essentielle, dans tout gouvernement sage, est que le peuple n’envahisse pas l’autorité des grands  « 

«  L’homme opulent représente le plus fort dans la société , il en a acheté tous les droits ; il doit donc en jouir et assouplir pour cela, tant qu’il le peut, à ses caprices, l’autre classe d’homme qui lui est inférieure, sans offenser en rien la nature, puisqu’il ne fait qu’user du droit qu’il en a reçu, soit matériellement, soit conventionnellement. « 

«  Ce n’est pas pour vivre que des tyrans donnent à des généraux l’ordre d’écraser des nations : c’est par orgueil.« 

«  Le despote est celui qui crée la loi, qui la fait parler, ou qui s’en sert pour ses intérêts. Il n’est pas un seul tyran qui ne se soit étayé des lois pour exercer ses cruautés « 

« Le gouvernant doit avoir plus d’énergie que le gouverné. Or si celle du gouverné n’est pétrie que de crimes, comment voulez-vous que celle du gouvernant ne soit pas elle-même criminelle ? « 

APPRENTI-DIEU OU SUPERMAN

Il y a des mots à la mode qui expriment un maximum d’émotion comme poignant , tragique etc On les emploie en ce moment au sujet des migrants.

Mais un service de cancérologie pour enfants, c’est poignant, une prison c’est poignant, un hospice ou une pauvre maison de retraite, c’est poignant, un quartier de roms ou un bidonville, c’est poignant, une famille d’abrutis plus ou moins alcoolique, c’est poignant etc

Le monde est ainsi depuis toujours. S’il y a un Dieu, il en est responsable. Bon à exterminer. Mais il y a des gens qui croient qu’avec leurs bons sentiments, ils vont changer la face du monde, changer les dictateurs, changer les mentalités, changer l’ordre des choses, prendre en charge (rectificatif : faire prendre en charge) toute la misère du monde. (Mondialisation oblige.) .Et prétention oblige. Superman. C’est le troupeau bêlant. On ne les fera pas renoncer à leur idée du bien simpliste et complètement conditionnée (réaction automatique à certains stimuli) Et la plupart du temps, avec leurs idées niaises, ou sous l’influence de ceux qui veulent faire des affaires, ils sont responsables de nouvelles catastrophes, de nouveaux désastres humanitaires. Ce n’est pas avec leur moignon qu’ils vont changer quoi que ce soit.

La nature ou Dieu, c’est selon :

« Ne dirait-on pas que son art meurtrier n’ait voulu former que des victimes, que le mal ne soit son unique élément, et que ce ne soit que pour couvrir la terre de sang, de larmes et de deuil qu’elle soit douée de la faculté créatrice… que ce ne soit que pour déployer ses fléaux qu’elle use de son énergie ? Un de vos philosophes modernes se disait l’amant de la nature ; eh bien, mon ami, je m’en déclare le bourreau. Étudiez-la, suivez-la, cette nature atroce, vous ne la verrez jamais créer que pour détruire, n’arriver à ses fins que par des meurtres, et ne s’engraisser comme le Minotaure, que du malheur et de la destruction des hommes. Quelle estime, quel amour pourriez-vous donc avoir pour une force semblable, dont les effets sont toujours dirigés contre vous ? Lui voyez-vous jamais dispenser un don sans qu’une peine grave l’accompagne ? «

«  Voyez avec quel art méchant elle entremêle vos jours d’un peu de plaisir et de beaucoup de peines ; examinez de sang-froid, s’il vous est possible, les maladies dont elle vous accable, les divisions qu’elle fait naître parmi vous, les suites effroyables dont elle veut que vos plus douces passions soient entremêlées : près de l’amour est la fureur ; près du courage, la férocité ; près de l’ambition, le meurtre ; près de la sensibilité, les larmes ; près de la sagesse, toutes les maladies de la conscience. Dans quelle situation affreuse vous met-elle, en un mot, puisque le dégoût de la vie devient tel en votre âme, qu’il n’est pas un seul homme qui voulût recommencer à vivre, si on le lui offrait le jour de sa mort ? « 

«  Suivez-la dans toutes ses opérations : vous ne la trouverez jamais que vorace, destructive et méchante, jamais qu’inconséquente, contrariante et dévastatrice. Jetez un instant les yeux sur l’immensité des maux que sa main infernale répand sur nous en ce monde. A quoi servait-il de nous créer pour nous rendre aussi malheureux ? pourquoi notre triste individu, ainsi que tous ceux qu’elle produit sortent-ils de son laboratoire aussi remplis d’imperfections ? Ne dirait-on pas que son art meurtrier n’ait voulu former que des victimes, que le mal ne soit son unique élément, et que ce ne soit que pour couvrir la terre de sang, de larmes et de deuil qu’elle soit douée de la faculté créatrice… que ce ne soit que pour déployer ses fléaux qu’elle use de son énergie « 

«  N’eut-il pas été plus conforme à la bonté, à la raison, à l’équité, de ne créer que des pierres et des plantes ?…. Un Dieu assez perfide, assez méchant, pour créer un seul homme, et pour le laisser ensuite exposé au péril de se damner, ne peut être regardé comme un être parfait, il ne doit l’être que comme un monstre de déraison, d’injustice, et d’atrocité. La cruauté qui fait nos plaisirs a des motifs au moins, ces motifs s’expliquent et nous les connaissons, mais Dieu n’en avait aucun en tourmentant les victimes de sa colère, car il ne saurait punir des êtres qui n’ont pu réellement ni mettre en danger son pouvoir, ni troubler sa félicité. « 

«  Si un fils s’imaginait que son père fut capable de le condamner à des tourments cruels, ou ne voulût pas l’exempter de les souffrir s’il en était le maître, aurait-il pour lui du respect ou de l’amour ? « 

«  Quand vous avez vu que tout était vicieux et criminel sur la terre, leur dira l’Être suprême, en méchanceté, pourquoi vous êtes-vous égarés dans les sentiers de la vertu ? Les malheurs perpétuels dont je couvrais l’univers ne devaient-ils pas vous convaincre que je n’aimais que le désordre et qu’il fallait m’imiter pour me plaire , Ne vous donnai-je pas chaque jour l’exemple de la destruction ? Pourquoi ne détruisez-vous pas ? Les fléaux dont j’écrasais le monde en vous prouvant que le mal était toute ma joie ne devaient-ils pas vous engager à servir mes plans par le mal ? On vous disait que l’humanité devait me satisfaire, et quel est donc l’acte de ma conduite où vous m’avez vu bienfaisant ? « 

Sans parler des drames dus aux politiques ou des puissants. Si on aspire à la paix et à l’ordre, on va être déçu. Ces derniers apportent le contraire. Ils ne sont pas les premiers : « je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée »

conan

Je suis le roi du monde. L’idée d’être bien est si gratifiante, et mon idée du bien fonctionne si bien dans mon esprit, elle est si simple, qu’elle doit être appliquée au monde entier et mise en oeuvre dès qu’une occasion se présente, dans tous les cas, sans chercher à comprendre ou à savoir, sans chercher à remonter jusqu’aux causes, sans chercher à connaître les conséquences.

 » Voilà ce que nos moralistes ne veulent point comprendre, parce qu’étayant sans cesse leurs principes sur les bases religieuses, ils ne peuvent concevoir un état au-delà des plans de leur divinité « 

L’homme « est encore vicieux dans le sein même de la vertu puisque cette vertu, ce sacrifice de ses passions n’est en lui ou qu’un mouvement de l’orgueil ou que le désir de faire refluer sur lui une dose de bonheur plus tranquille que celle que lui offre la route du crime……Mais c’est toujours son bonheur qu’il cherche, jamais il n’est occupé que de cela. Soyez assurée que l’homme ne pratique la vertu que pour le bien qu’il compte en retirer ou la reconnaissance qu’il en attend. »

 » On ose déclamer contre les passions, on ose les enchaîner par des lois, mais que l’on compare les unes et les autres, que l’on voit qui, des passions ou des lois a fait le plus de bien aux hommes. Qui doute, comme le dit HELVETIUS, que les passions soient dans le moral ce qu’est le mouvement dans le physique. Ce n’est qu’aux passions que sont dues l’invention et les merveilles des arts, elles être regardées , dit le même auteur, comme le germe productif de l’esprit et le ressort puissant des grandes actions. Les individus qui ne sont pas animés de passions fortes sont des êtres médiocres. « 

 » Ce sont les privations des autres qui nous font sentir nos jouissances. Au milieu d’êtres qui en auraient d’égales aux nôtres, nous ne serions jamais contents. Si donc c’est le spectacle des malheureux qui doit nécessairement compléter notre bonheur, par la comparaison fournie d’eux à nous, il faut donc se garder de compléter ceux qui existent, car en les sortant par ces secours de la classe qui fournit à vos comparaisons, vous vous privez de ces comparaisons, et par conséquent de ce qui améliore vos jouissances. »

Bref, chaque personne est un accident le plus souvent regrettable. On ne va pas construire un système métaphysique ou moral à propos d’un accident regrettable.

SADE, en enfer doit être mort de rire. Vous avez aimé la cupidité et l’immoralité incommensnrables  des banques qui ont fait exploser la dette de la France et mis en danger les économies des épargants, vous adorerez, avec cette histoire de migrants, la stupidité et la lâcheté de nos dirigeants entièrement responsables de la situation actuelle.

CAMUS ET SADE

Il y a une phrase d’Albert CAMUS que beaucoup de gens – des philosophes mais pas seulement – aiment citer en ce moment. On s’en sert pour justifier son opinion, sa décision etc on s’en sert quand on fait quelque sermon. . C’est : « un homme, ça s’empêche « 

Elle exprime , en effet, assez bien la morale de notre société française ou que l’on voudrait voir adopter par les Français. Les gens qui la prononcent y mettent tellement de cœur, de conviction, ils semblent tellement inspirés qu’on peut hésiter à les contredire.

Mais si on réfléchit, on s’aperçoit que celui qui s’empêche, qui s’empêche beaucoup, (beaucoup d’humanité donc) est fichtrement inhibé. Définition d’inhibition dans psychologie.com

«  Selon que l’on se réfère à la psychiatrie ou à la psychanalyse, on trouve deux définitions un peu différentes de l’inhibition. Dans la première, l’inhibition est le blocage, involontaire et souvent douloureux, de l’activation émotionnelle, avec perte de réactions ou d’initiatives. Dans la seconde, c’est la perte ou la diminution d’une fonction dont la conscience, ou une culpabilité  inconsciente, interdit l’exercice. Elle est souvent liée, plus ou moins directement, à la sexualité »

Celui qui s’empêche, l’inhibé, est une aubaine pour celui qui ne s’empêche pas. Si tout un peuple s’empêche, qu’adviendra-t-il de lui s’il a affaire à un peuple qui ne s’empêche pas. Les cas de conscience, les précautions, les scrupules, les autocensures, les sentiments de culpabilité etc ça nous connaît en effet. Il semble que nous ayons été habitués à nous empêcher. (Remarquez qu’il faut relativiser, certains des philosophes dont je parlais sont des soutiens quasi inconditionnels à un peuple qui, lui, ne s’empêche pas. )

Evidemment SADE semble être aux antipodes.

« Il n’est qu’un motif qui puisse engager raisonnablement un homme à contraindre ses goûts, ses habitudes ou ses penchants, pour plaire à un autre homme. Je le répète, s’il le fait, c’est par faiblesse ou par égoïsme ; il ne le fera jamais, s’il est le plus fort. « 

«  Pour le peu de bien que je reçois des autres, en raison de ce qu’ils pratiquent la vertu, par l’obligation de la pratiquer à mon tour, je fais un million de sacrifices qui ne me dédommagent nullement ; recevant moins que je ne donne, je fais donc un mauvais marché ; j’éprouve beaucoup plus de mal des privations que j’endure pour être vertueux, que je ne reçois de bien de ceux qui le sont « 

«  vous voyez que tout est en action dans la nature, et vous prétendez que la nature est sans énergie ! « (et s’il avait conu E=MC2 !)

«  La première et la plus belle qualité de la nature est le mouvement qui l’agite sans cesse ; mais ce mouvement n’est qu’une suite perpétuelle de crimes ; ce n’est que par des crimes qu’elle le conserve ; elle ne vit, elle ne s’entretient, elle ne se perpétue qu’à force de destructions. L’être qui en produira davantage, celui qui lui ressemblera le mieux, celui qui sera le plus parfait, sera donc infailliblement celui dont l’agitation la plus active deviendra la cause d’un plus grand nombre de crimes ; celui qui, sans aucun effroi, sans aucune retenue, sacrifiera indistinctement tout ce que son intérêt ou ses passions pourront lui présenter de victimes, de quelque genre ou de quelque nature que ce puisse être. Tandis, je le répète, que l’être inactif ou indolent, c’est-à-dire l’être vertueux, doit être à ses regards le moins parfait sans doute, puisqu’il ne tend qu’à l’apathie, qu’à la tranquillité, qui replongerait incessamment tout dans le chaos, si son ascendant l’emportait « 

«  Jamais la nature ne nous inspire que ce qui peut lui plaire ou lui être utile : toutes les fois qu’en éprouvant un de ses désirs nous nous sentons arrêtés par quelque chose, soyons bien sûrs que la barrière est élevée par la main des hommes. Pourquoi respecterions-nous ce frein ? Si nous nous dégradons jusque-là, n’en accusons que la crainte ou que notre faiblesse ; ne nous en prenons jamais à notre raison… tout se franchit quand on l’écoute. Serait-il donc vraisemblable que la nature pût établir à la fois dans nous, et le désir d’une action quelconque, et la possibilité que cette action pût outrager celle qui nous en donne l’envie ? «    

«  La seule cause de toutes nos erreurs vient de ce que nous prenons toujours pour les lois de la nature, ce qui ne vient que des coutumes ou des préjugés de la civilisation. Rien au monde n’offense la nature : la civilisation, plus irascible, est grevée presque à chaque instant ; mais qu’importent les lésions qu’elle reçoit ! c’est outrager un fantôme que d’offenser les lois des hommes. Ceux qui travaillèrent à cette civilisation avaient-ils mon consentement ? et puis-je adhérer aux lois qui répugnent à ma conscience et à ma raison ? « 

« La honte est le fruit de la douleur d’une mauvaise action relativement à l’opinion publique, et le remords relativement à notre propre conscience…..un homme rougirait d’aller se promener tout nu dans la grande allée des Tuileries, quoiqu’il n’y ait rien dans cette action qui dut lui donner des remords ; et un général d’armée aura peut-être des remords d’avoir fait tuer 20.000 hommes dans une bataille, quoiqu’il n’y eut rien dans cette action qui doive lui donner de la honte.  »

« Comment voulez-vous en effet que celui qui a reçu de la nature la plus extrême disposition au crime, soit à cause de la supériorité de ses forces, de la délicatesse de ses organes, soit en raison de l’éducation nécessitée par sa naissance ou par ses richesses ; comment, dis-je, voulez-vous que cet individu puisse être jugé par la même loi, que celui que tout engage à de la vertu ou de la modération ? « 

«  si j’avais quelques principes moraux à établir, ce ne serait pas dans l’âme de l’être faible que j’irais chercher des préceptes. Celui qui craint de recevoir du mal, dira toujours qu’il n’en faut point faire ; tandis que celui qui se moque des dieux, des hommes et des lois, ne cessera jamais d’en commettre. »

«  ce n’est jamais qu’en cédant que cet intérêt particulier peut s’accorder et se lier aux intérêts généraux : or, que voulez-vous que cède celui qui n’a presque rien ? « 

« Le faible en établissant l’existence du fil de fraternité avait des raisons d’égoïsme trop reconnues pour que le pacte établi par ce lien put avoir rien de respectable. Que celui qui n’est ni faible ni chrétien s’assouplisse à des chaînes pareilles, à des nœuds qui lui ôtent et ne lui donnent rien, voilà qui est impossible. « 

« Dans un monde construit comme le nôtre, il devait obligatoirement y avoir des créatures comme celles que nous y voyons. »

APPRENTISSAGE

Tout ce qu’on nous a appris à aimer ou détester, à croire, à penser, à vouloir s’applique dans notre existence automatiquement. Il y a un « déjà là » qui manifeste son pouvoir dans chaque circonstance, chaque situation. Son apparition et sa mise en œuvre échappent à notre volonté et à notre réflexion. Pour nous en convaincre, il suffit de vouloir faire ou penser quelque chose de totalement neuf, de vouloir être absolument créatif. Et on s’aperçoit que ce sont des choses anciennes, connues, qui nous viennent à l’esprit.

SADE a deviné cela, c’est pourquoi il écrit :

« Qu’on affiche au-dessus d’une porte qu’il est défendu de la franchir, qui que ce soit ne l’essaiera sans une sorte de frémissement, et dans le fait cette action ne sera pourtant pas mauvaise. « 

Et il refuse de se soumettre à cette loi, d’accepter cette dépossession de lui-même

«  Ce n’est point ma façon de penser qui a fait mon malheur, c’est celle des autres. « 

« Le flottement, l’incertitude nous font croire à notre liberté, mais cette prétendue liberté n’est que l’instant de l’égalité des poids dans la balance. Dès que le parti est pris, c’est que l’un des deux côtés s’est trouvé plus chargé que l’autre, et ce n’est pas nous qui sommes cause de l’inégalité. « 

«  on ne saurait travailler trop jeune à adopter la philosophie qu’on veut suivre, puisqu’elle seule forme notre conscience, et que c’est à notre conscience de régler toutes les actions de notre vie « 

«  La seule cause de toutes nos erreurs vient de ce que nous prenons toujours pour les lois de la nature, ce qui ne vient que des coutumes ou des préjugés de la civilisation. « 

«  c’est outrager un fantôme que d’offenser les lois des hommes. Ceux qui travaillèrent à cette civilisation avaient-ils mon consentement ? et puis-je adhérer aux lois qui répugnent à ma conscience et à ma raison ? « 

«  Taisez-vous, madame ; ne vous imaginez pas que cette qualité illusoire de mère vous laisse aucun droit sur moi. . Ce n’est pas un titre à mes yeux que de vous être fait foutre pour me mettre au monde » (dit Eugénie à sa mère)

«  Les soins (maternels) ils ne sont jamais les fruits que de l’usage ou de l’orgueil ; n’ayant rien fait de plus pour elle (sa fille ndr) que ce que prescrivent les mœurs du pays que vous habitez »

«  Et que me fait à moi l’opinion des hommes ! que m’importe ce qu’ils pensent de mon individu ! pourvu que je trouve le bonheur dans les principes que je me suis faits. De deux choses l’une : ou ils me cachent cette opinion, de ce moment elle ne me fait aucun mal ; ou ils me la témoignent, et j’éprouve dès lors une jouissance de plus. Oui sans doute, une jouissance ; le mépris des sots en est une pour le philosophe ; il est délicieux de braver l’opinion publique ; et le comble de la sagesse, sans doute, est de la réduire au silence. « 

«  Si d’un côté les éléments agissent sans aucun égard aux intérêts particuliers des hommes, de même les hommes sont livrés à leurs propres jugements dans les différents chocs de la matière et peuvent employer toutes les facultés dont ils sont doués, à pourvoir à leur conservation et à leur bonheur. »

«  La faiblesse de nos organes, le défaut de réflexion, les maudits préjugés dans lesquels on nous a élevés, les vaines terreurs de la religion et des lois ; voilà ce qui arrête les sots dans la carrière du crime, voilà ce qui les empêche de s’immortaliser. Mais tout individu rempli de force et de vigueur, doué d’une âme énergique, qui, se préférant, comme il le doit, aux autres, saura peser leurs intérêts dans la balance des siens, se moquer de Dieu et des hommes, braver la mort et mépriser les lois, bien pénétré que c’est à lui seul qu’il doit tout rapporter, sentira que la multitude la plus étendue des lésions sur autrui, dont il ne doit physiquement rien ressentir, ne peut pas se mettre en compensation avec la plus légère des jouissances achetées par cet assemblage inouï de forfaits. La jouissance le flatte, elle est à lui ; l’effet du crime ne l’affecte pas, il est hors de lui. « 

DE DEUX MAUX

il faut choisir le moindre, parait-il, mais ce sera un mal toute façon. La souffrance est inhérente à la vie.

Deux sources de souffrance possibles auxquelles on n’échappe pas : l’amour et le désir (essayez donc de n’être ni dans l’un, ni dans l’autre)

L’amour ou l’union, ou la fusion, c’est à dire la non-séparation.

Le désir ou l’action, le manque, le plaisir fugace c’est à dire la séparation.

Essayez donc de n’être ni séparé, ni non-séparé.

Les souffrances du désir, on les connaît : le manque, la rivalité ou le conflit, la condamnation de la société

Les souffrances de l’amour on les connaît : l’échec ou l’impossibilité, la déchirure intérieure..

Nous ne choisissons pas. Quand l’amour nous fait souffrir, on se convertit un moment au désir, quand le désir nous déçoit, on rêve d’amour. De passer de l’un à l’autre nous donne un sentiment de liberté. Sauf que la souffrance ne nous abandonne jamais. C’est la vie

SADE lui, a choisi. Ou du moins, il fait semblant d’avoir définitivement et complètement choisi. Il a choisi le désir, c’est à dire le plaisir (via la séparation) Jouir le plus possible, par tous les moyens, et aussi souvent que possible. Il a exclu l’amour. Comme ça, c’est réglé.

Qui peut contester ou ne pas constater que, dans la vie :

1 – Le plus faible (physiquement ou psychologiquement ou intellectuellement) subit la loi du plus fort. SADE a choisi le plus fort.

 » L’homme opulent représente le plus fort dans la société , il en a acheté tous les droits ; il doit donc en jouir et assouplir pour cela, tant qu’il le peut, à ses caprices, l’autre classe d’homme qui lui est inférieure, sans offenser en rien la nature, puisqu’il ne fait qu’user du droit qu’il en a reçu, soit matériellement, soit conventionnellement. « 

 » Le plus faible n’ayant donc aucun titre réel à réclamer la pitié du plus fort, ne pouvant plus lui opposer qu’il peut trouver son bonheur en lui, n’a plus d’autre parti que la soumission »

 » Comment voulez-vous en effet que celui qui a reçu de la nature la plus extrême disposition au crime, soit à cause de la supériorité de ses forces, de la délicatesse de ses organes, soit en raison de l’éducation nécessitée par sa naissance ou par ses richesses ; comment, dis-je, voulez-vous que cet individu puisse être jugé par la même loi, que celui que tout engage à de la vertu ou de la modération ? Serait-elle plus juste la loi qui punirait de même ces deux hommes ? Est-il naturel que celui que tout invite à mal faire, soit traité comme celui que tout engage à se comporter prudemment ? »

2 – Celui qui aime le plus est dominé par celui qui aime moins. SADE a choisi de ne pas aimer.

L’amour  » en nous identifiant pour ainsi dire avec cet objet, elle nous fait adopter ses malheurs, ses chagrins, et ajoute par conséquent ainsi à la somme des nôtres. D’ailleurs, la crainte ou de perdre cet objet ou de le voir se refroidir nous tracasse sans cesse. « 

 » N’est-ce pas une ridiculité, je le demande, que d’oser dire qu’il faut aimer les autres hommes comme soi-même ? Et ne reconnaît-on pas à l’absurdité de ce commerce toute la faiblesse d’un législateur fourbe et pauvre ? Eh ! Que m’importe à moi le sort de mes semblables, pourvu que je me délecte , En quoi tiens-je à cet individu si ce n’est par les formes ? Or, je vous prie de me dire s’il faut que j’aime un être seulement parce qu’il existe ou qu’il me ressemble, et que, sous ces uniques rapports, je le préfère subitement à moi . »

 » Qu’est-ce que la pitié ? Un sentiment égoïste qui nous porte à plaindre dans les autres le mal que nous craignons pour nous. Donnez-moi un être dans le monde qui par sa nature puisse être exempt de tous les maux de l’humanité, non seulement cet être n’aura aucune espèce de pitié, mais il ne la concevra même pas. C’est de plus un sentiment fort douloureux puisqu’il n’arrive à nous que par une comparaison qui nous ramène au malheur. Son extinction produit au contraire une jouissance puisqu’elle laisse apercevoir de sang froid un état dont nous sommes exempts. Et qu’elle nous permet alors une comparaison avantageuse. Sachons affronter sans peur ce danger pour nous-même, et nous ne le plaindrons plus dans les autres.  »

3 – Le plaisir fait oublier le sort et l’existence des autres. SADE a choisi le plaisir et l’ignorance des autres.

« Toute puissance partagée s’affaiblit Essayez de faire jouir l’objet qui sert à vos plaisirs, vous ne tarderez pas à vous apercevoir que c’est à vos dépens ; il n’y a point de passion plus égoïste que celle de la luxure. « 

« Quel est l’objet de l’homme qui jouit ? N’est-il pas de donner à ses sens toute l’irritation dont ils sont susceptibles, afin d’arriver mieux et plus chaudement à la dernière crise ?… crise précieuse qui caractérise la jouissance de bonne ou de mauvaise, en raison du plus ou moins d’activité dont s’est trouvée cette crise ? Or, n’est-ce pas un sophisme insoutenable que d’oser dire qu’il est nécessaire pour l’améliorer qu’elle soit partagée de la femme ? N’est-il donc pas visible que la femme ne peut rien partager avec nous sans nous prendre, et que ce qu’elle dérobe doit nécessairement être à nos dépens ? Et de quelle nécessité est-il donc, je le demande, qu’une femme jouisse quand nous jouissons ? Y a-t-il dans ce procédé un autre sentiment que l’orgueil qui puisse être flatté ? Eh ! ne trouvons-nous pas, d’une manière bien plus piquante, la sensation de ce sentiment orgueilleux, en forçant au contraire avec dureté cette femme à s’abstenir de la jouissance, afin que nous jouissions seuls, afin qu’entièrement à nous, rien ne l’empêche de s’occuper de nos seuls plaisirs ? La tyrannie ne flatte-t-elle pas l’orgueil d’une manière bien plus vive que la bienfaisance ? Celui qui impose n’est-il pas bien plus sûrement le maître que celui qui partage ? Mais, comment put-il venir dans la tête d’un homme raisonnable que la délicatesse eût quelque prix en jouissance ? Il est absurde de vouloir soutenir qu’elle y soit nécessaire ; elle n’ajoute jamais rien au plaisir des sens ; je dis plus, elle y nuit : c’est une chose très différente que d’aimer ou que de jouir ; la preuve en est qu’on aime tous les jours sans jouir, et qu’on jouit encore plus souvent sans aimer »

4 – L’action surtout si elle est d’importance suppose automatiquement d’ôter ses gants et de bousculer, bouleverser, mépriser, transgresser. La passivité, c’est le respect total. SADE a choisi l’action.

 » La première et la plus belle qualité de la nature est le mouvement qui l’agite sans cesse ; mais ce mouvement n’est qu’une suite perpétuelle de crimes ; ce n’est que par des crimes qu’elle le conserve ; elle ne vit, elle ne s’entretient, elle ne se perpétue qu’à force de destructions. L’être qui en produira davantage, celui qui lui ressemblera le mieux, celui qui sera le plus parfait, sera donc infailliblement celui dont l’agitation la plus active deviendra la cause d’un plus grand nombre de crime ; celui qui, sans aucun effroi, sans aucune retenue, sacrifiera indistinctement tout ce que son intérêt ou ses passions pourront lui présenter de victimes, de quelque genre ou de quelque nature que ce puisse être. Tandis, je le répète, que l’être inactif ou indolent, c’est-à-dire l’être vertueux, doit être à ses regards le moins parfait sans doute, puisqu’il ne tend qu’à l’apathie, qu’à la tranquillité, qui replongerait incessamment tout dans le chaos, si son ascendant l’emportait. »

 » Il suffit qu’un homme désire une chose, pour constater la nécessité dont elle lui est, et, du moment que cette chose lui est nécessaire, ou simplement agréable, elle est juste. »

5 – Si on veut être d’une rigueur intellectuelle absolue dans ses réponses, il faut être un monstre froid, sinon il y a du parti-pris, des inclinations, des préférences personnelles. SADE a choisi la seule raison froide.

« Je suppose une société où il sera convenu que l’inceste (adoptons ce délit moral comme tout autre), que l’inceste, dis-je, soit un crime. Ceux qui s’y livreront seront malheureux, parce que l’opinion, les lois, le culte, tout viendra glacer leurs plaisirs ; ceux qui désireront de commettre ce mal, ou qui ne l’oseront d’après ces freins, seront également malheureux : ainsi la loi qui proscrira l’inceste n’aura fait que des infortunés. Que, dans la société voisine, l’inceste ne soit pas un crime ; ceux qui ne le désireront pas ne seront point malheureux, et ceux qui le désireront seront heureux ; donc, la société qui aura permis cette action conviendra mieux aux hommes que celle qui aura érigé cette même action en crime. Il en est de même de toutes les autres choses maladroitement considérées comme criminelles. »

(et la victime ? ? !!)

« Eh quoi ! les hommes ne comprendront jamais qu’il n’est aucuns goûts, quelque bizarres, quelque criminels même qu’on puisse les supposer, qui ne soient le résultat de la sorte d’organisation que nous avons reçue de la nature. Cela posé, je demande de quel droit un homme ose exiger d’un autre, ou de réformer ses goûts, ou de les modérer sur l’ordre social ? de quel droit même les lois, qui ne sont faites que pour le bonheur de l’homme, oseront-elles sévir contre celui qui ne peut se corriger ou qui n’y parviendrait qu’aux dépens de ce bonheur que doivent lui conserver les lois ? « 

«  il n’y a de véritable félicité que dans les sens, et la vertu n’en flatte aucun. »

C’est une sorte de pied-de-nez, du moins philosophique, à l’aporie où nous plonge la vie.

L’amour théorisé, institué, donne le totalitarisme (dans le sens où tout l’être – corps et âme – doit être absorbé.) Avec tous les drames qui l’accompagnent. Dieu, premier totalitaire.

« Quel est-il en effet ce fantôme execrable, ce Jean-foutre de Dieu, cet être épouvantable, que rien n’offre au regard ni ne monre à l’esprit que l’insensé redoute et dont le sage rit que rien ne peint aux sens, que nul ne peut comprendre, dont le culte sauvage en tout temps fit répandre plus de sang que la guerre ou Thémis en courroux ne purent en mille ans en verser parmi nous  »

Le désir, théorisé, institué, donne la tyrannie ou la dictature. Avec toutes les tragédies qui l’accompagnent; Changement de pied de SADE

« Les guerres considérables que Louis XIV eut à soutenir pendant le cours de son règne, en épuisant les finances de l’Etat et les facultés du peuple, trouvèrent pourtant le secret d’enrichir une énorme quantité de ces sangsues toujours à l’affût des calamités publiques qu’ils font naître au lieu d’apaiser, et cela pour être à même d’en profiter avec plus d’avantages. La fin de ce règne, si sublime d’ailleurs, est peut-être une des époques de l’empire français où l’on vit le plus de ces fortunes obscures qui n’éclatent que par un luxe et des débauches aussi sourdes qu’elle »:

Quels sont donc les malheurs que l’on ne doit ni à quelque totalitarisme ou empire excessif sur les êtres ni à la tyrannie ou exploitation extrême des êtres à quelque niveau que l’on se place (privé, national ou international)

LE FONDEMENT DE LA CIVILISATION

Notre désir de nous intégrer dans ce monde, d’y participer, d’être accepté par les autres, d’être aimé, et le fait que la société possède les clés de notre subsistance font que nous sommes portés à accepter l’ordre du monde, à le servir, à le révérer même. Cette bienveillance de principe ne désavantage-t-elle pas sérieusement chacun de nous dans ses rapports avec les autres, avec la société ?. SADE part de l’idée inverse. La société, les hommes, l’existence sont intrinsèquement mauvais, donc il faut les aborder et les traiter en conséquence. .Car ce qui fonde la morale, c’est l’idée qu’au fond, l’existence, les hommes, la société sont bien intentionnés, sont pleins de bonne volonté à notre égard. Mais si c’était l’inverse, si tout conspirait contre nous…?

L’existence. .

« Ne dirait-on pas que son (à la nature ndr) art meurtrier n’ait voulu former que des victimes, que le mal ne soit son unique élément, et que ce ne soit que pour couvrir la terre de sang, de larmes et de deuil qu’elle soit douée de la faculté créatrice… que ce ne soit que pour déployer ses fléaux qu’elle use de son énergie ? »

« N’eût-il pas été plus conforme à la bonté, à la raison, à l’équité, de ne créer que des pierres et des plantes ? »

« Dans quelle situation affreuse vous met-elle, en un mot, puisque le dégoût de la vie devient tel en votre âme, qu’il n’est pas un seul homme qui voulût recommencer à vivre, si on le lui offrait le jour de sa mort ? « 

« S’il (l’homme ndr) se multiplie, il a tort, car il enlève à la nature l’honneur d’un phénomène nouveau, le résultat de ses lois étant nécessairement des créatures. Si celles qui sont lancées ne se propageaient point, elle lancerait de nouveaux êtres…….,notre multiplication, qui ne se trouve plus qu’une des lois inhérentes à nous seuls, nuit donc décidément aux phénomènes dont la nature est capable. Ainsi, ce que nous regardons comme des vertus devient donc des crimes à ses yeux. Au contraire, si les créatures se détruisent, elles ont raison, eu égard à la nature, car alors elles cessent d’user d’une faculté reçue, mais non pas d’une loi imposée, et remettent la nature dans la nécessité de développer une de ses plus belles facultés » ,

« Tout dans l’univers est subordonné aux lois de la nature. Si d’un côté les éléments agissent sans aucun égard aux intérêts particuliers des hommes, de même les hommes sont livrés à leurs propres jugements dans les différents chocs de la matière et peuvent employer toutes les facultés dont ils sont doués, à pourvoir à leur conservation et à leur bonheur. »

Les hommes

« Tout est donc vice dans l’homme , le vice seul est donc l’essence de sa nature et de son organisation. Il est vicieux quand il préfère son intérêt à celui des autres ; il est encore vicieux dans le sein même de la vertu puisque cette vertu, ce sacrifice de ses passions n’est en lui ou qu’un mouvement de l’orgueil ou que le désir de faire refluer sur lui une dose de bonheur plus tranquille que celle que lui offre la route du crime……Mais c’est toujours son bonheur qu’il cherche, jamais il n’est occupé que de cela. Soyez assurée que l’homme ne pratique la vertu que pour le bien qu’il compte en retirer ou la reconnaissance qu’il en attend. »

« La seule cause du trouble que nous éprouvons gît dans la défense de l’action. »

« Ce sont les privations des autres qui nous font sentir nos jouissances. Au milieu d’êtres qui en auraient d’égales aux nôtres, nous ne serions jamais contents. »

 » pendant l’acte de la jouissance, assurément l’on s’occupe fort peu de la créature qui peut en résulter celui qui serait assez bête pour y penser aurait assurément la moitié moins de plaisir que celui qui ne s’en occupe pas. « 

« je me persuade que ce n’est que le cœur que je veux, que toute idée de jouissance est exclue, et je me le persuade si bien, que je ferais volontiers avec cette femme l’arrangement de ne l’aimer que pour elle – même, et d’acheter son cœur au prix du sacrifice de tous mes désirs physiques. Voilà la cause cruelle de mon erreur ; voilà ce qui va m’entraîner dans ce gouffre affreux de chagrins ; voilà ce qui va flétrir ma vie ; tout va changer pour moi dans cet instant : les soupçons, les jalousies, les inquiétudes vont devenir les aliments cruels de ma malheureuse existence ; et plus j’approcherai de mon bonheur, plus il se constatera, plus la fatale crainte de le perdre empoisonnera mes jours »

« C’est la diversité, c’est le changement qui fait le bonheur de la vie, et il n’est pas un seul objet sur la terre qui ne puisse vous procurer une volupté nouvelle ; comment pouvez-vous porter l’extravagance au point de vous captiver à celui qui ne peut vous en présenter qu’une »

La société

« la loi est dirigée sur l’intérêt général ; or rien n’est plus en contradiction avec l’intérêt général que l’intérêt particulier et rien n’est, en même temps, plus juste que l’intérêt particulier ; Donc, rien de moins juste que la loi qui sacrifie tous les intérêts particuliers à l’intérêt général. »

« Les mœurs doivent être basées sur le bonheur individuel, si elles n’assurent pas ce bonheur, elles sont ridicules  ; si elles y nuisent, elles sont atroces. « 

« il n’y a rien à quoi l’homme tienne, comme aux principes de son enfance. Un jour, peut-être, par un enthousiasme de préjugés tout aussi ridicules que ceux de la religion, vous verrez le peuple en culbuter les idoles. Mais semblable à l’enfant timide, il pleurera, au bout de quelque temps, le brisement de ses hochets, et les réédifiera bientôt avec mille fois plus de ferveur. Non, non ! jamais vous ne verrez la philosophie dans le peuple : ses organes épais ne s’amolliront jamais sous le flambeau sacré de cette déesse : l’autorité sacerdotale, un instant affaiblie peut-être, ne se rétablira qu’avec plus de violence, et c’est jusqu’à la fin des siècles que vous verrez la superstition nous abreuver de ses venins. »

« Dans un monde absolument corrompu, il n’y a jamais de danger à être plus gangrené que les autres »

« l’abus maintenait l’empire, en faisant tomber quelques victimes ; la suppression de l’autorité ne les épargnait pas, et plongeait les peuples dans l’anarchie. Il y a donc (et c’est où j’en veux venir) très peu d’inconvénients à ce que le plus fort abuse de sa puissance ; on ne saurait mettre d’obstacle à ce qu’il écrase le plus faible. »

« Rien ne fait rêver comme le malheur  » (les bonimenteurs en savent quelque chose ndr)

Hideux

Appelons I2, comme en mathématiques, (ou Dieu si vous voulez, sans rapport avec une religion précise) l’ensemble Existence+humanité+société, et écrivons : Dieu (ou I2) = mal. SADE : 

 » Si le mal ou ce que nous nommons tel, est l’essence et de Dieu qui a tout créé et des individus formés à son image, comment ne pas être certains que les suites du mal doivent être éternelles. C’est dans le mal qu’il a créé le monde, c’est par le mal qu’il le soutient, c’est par le mal qu’il le perpétue, c’est imprégné du mal que la créature doit exister. »

« Ne vous donnai-je pas chaque jour l’exemple de la destruction ? Pourquoi ne détruisez-vous pas ? Les fléaux dont j’écrasais le monde en vous prouvant que le mal était toute ma joie ne devaient-ils pas vous engager à servir mes plans par le mal ? On vous disait que l’humanité devait me satisfaire, et quel est donc l’acte de ma conduite où vous m’avez vu bienfaisant ? »

 » Quel a pu être l’individu assez extravagant pour essayer de persuader aux hommes qu’ils peuvent devenir plus malheureux après cette vie qu’ils l’étaient avant de l’avoir reçue ? Sont-ce eux qui ont demandé à venir ? « 

 » les supplices de l’autre vie seraient inutiles aux vivants qui n’en peuvent être les témoins ; ils seraient inutiles aux damnés, puisqu’en enfer on ne se convertit pas, et que le temps de la prétendue miséricorde de ce Dieu n’existe plus : d’où il suit que Dieu, dans l’exercice de sa vengeance éternelle, n’aurait d’autre but que de s’amuser et que d’insulter à la faiblesse de ses créatures ; et votre infâme Dieu, agissant plus cruellement qu’aucun homme, et sans aucun motif comme les hommes, devient donc, par cela seul, infiniment plus traître, plus fourbe et plus scélérat qu’eux « 

P.S. Pour Michel ONFRAY : On ne peut pas dire en même temps : les musulmans sont gentils, l’islam est une religion de paix et faire la guerre à des musulmans au nom d’un islam qui conviendrait à notre mentalité occidentale. On ne peut pas refuser l’islam tel qu’il apparaît, idéaliser l’islam.  Laissons  les musulmans régler leurs affaires, partout, sans nous en mêler, et nous verrons bien ce qu’il faut penser de l’islam, cela nous évitera d’ailleurs pas mal de victimes innocentes sur notre sol.

AMOUR ET HAINE

Tout est fait pour que les gens croient que les bonnes intentions, les bons sentiments, la moralité, l’amour sauront, tôt ou tard triompher. Pourtant, nature et société conjuguent leurs efforts – et effets – pour répandre les catastrophes, les malheurs, les problèmes de tous ordres, les calamités, les destins individuels tragiques, les injustices morales etc. Comme si tout complotait, du haut en bas, dans tous les domaines, à nous rendre la vie pénible, ou pire; Il y a l’amour, et il y a la haine. Dans ce monde, tel qu’il fonctionne, qui dira que ce n’est pas la haine qui est la plus forte, la plus énergétique, la plus déterminée, la plus sûre d’elle-même. Qui dira que ce n’est pas d’elle que vient le plaisir est le plus assuré.

Sade a choisi de partager ou de voler – comme Prométhée – un peu de l’instinct fondamentalement destructeur de la nature et de la société, puisqu’ils sont les maîtres, au lieu de souffrir pour une cause perdue d’avance. Quitte à pousser la logique aussi loin que possible. Le plus fort, image de ce destin suprême funeste, est impitoyable.

« La première et la plus belle qualité de la nature est le mouvement qui l’agite sans cesse ; mais ce mouvement n’est qu’une suite perpétuelle de crimes ; ce n’est que par des crimes qu’elle le conserve ; elle ne vit, elle ne s’entretient, elle ne se perpétue qu’à force de destructions. L’être qui en produira davantage, celui qui lui ressemblera le mieux, celui qui sera le plus parfait, sera donc infailliblement celui dont l’agitation la plus active deviendra la cause d’un plus grand nombre de crime  ; celui qui, sans aucun effroi, sans aucune retenue, sacrifiera indistinctement tout ce que son intérêt ou ses passions pourront lui présenter de victimes, de quelque genre ou de quelque nature que ce puisse être. »

« Ne vous donnai-je pas chaque jour l’exemple de la destruction ? Pourquoi ne détruisez-vous pas ? Les fléaux dont j’écrasais le monde en vous prouvant que le mal était toute ma joie ne devaient-ils pas vous engager à servir mes plans par le ma  ? On vous disait que l’humanité devait me satisfaire, et quel est donc l’acte de ma conduite où vous m’avez vu bienfaisant ? »

« Sa main barbare ne sait donc pétrir que le mal ; le mal la divertit donc ? et j’aimerais une mère semblable ! Non ; je l’imiterai, mais en la détestant ; je la copierai, elle le veut, mais ce ne sera qu’en la maudissant ; et, furieux de voir que mes passions la servent, je vais si bien démêler ses secrets, que je puisse, si cela m’est possible, devenir encore plus méchant, pour la mieux heurter toute ma vie. « 

« Rien ne nous est interdit par la nature, les lois seules se sont crues autorisées d’imposer de certaines bornes au peuple. Or, rien n’est plus immoral que la nature. Jamais elle ne nous inspire de freins. »

« Les lois sont odieuses puisqu’en prenant sur la somme du bonheur particulier pour conserver le bonheur général, elles enlèvent infiniment plus qu’elles ne donnent. « 

« Celui qui sait étouffer les cris de sa conscience au point de se faire un jeu de la vie des autres, est, de ce moment, seul capable des plus grandes choses.« 

« L’homme opulent représente le plus fort dans la société , il en a acheté tous les droits ; il doit donc en jouir et assouplir pour cela, tant qu’il le peut, à ses caprices, l’autre classe d’homme qui lui est inférieure, sans offenser en rien la nature, puisqu’il ne fait qu’user du droit qu’il en a reçu, soit matériellement, soit conventionnellement. »

« la nature ne laisse pas dans nos mains la possibilité des crimes qui troubleraient son économie. Peut-il tomber sous le sens que le plus faible ait la puissance d’offenser le plus fort ? Que sommes-nous relativement à la matière ? Peut-elle, en nous créant, avoir placé dans nous ce qui serait capable de lui nuire ? Cette imbécile supposition s’accorde-t-elle avec la manière sublime et sûre dont nous la voyons parvenir à ses fins ? Ah ! si le meurtre n’était pas une des actions de l’homme qui remplisse le mieux ses intentions, permettrait-elle qu’il s’opérât ? « 

« Or, il n’est aucune sorte de sensation qui soit plus active… plus incisive que celle de la douleur : ses impressions sont sûres ; elles ne trompent point comme celles du plaisir, perpétuellement jouées par les femmes, et presque jamais ressenties par elles. Que d’amour-propre d’ailleurs, que de jeunesse, de force, de santé, ne faut-il pas pour être certain de produire dans une femme cette douteuse et peu satisfaisante impression du plaisir ? Celle de la douleur, au contraire, n’exige pas la moindre chose : plus un homme a de défauts, plus il est vieux, moins il est aimable, mieux il réussira. A l’égard du but, il sera bien plus sûrement atteint, puisque nous établissons qu’on ne le touche, qu’on n’irrite jamais mieux ses sens, que lorsqu’on a produit, dans l’objet qui nous sert, la plus grande impression possible, n’importe par quelle voie. »

« Et voilà donc ce que c’est que le meurtre : un peu de matière désorganisée, quelques changements dans les combinaisons, quelques molécules rompues et replongées dans le creuset de la nature, qui les rendra dans quelques jours sous une autre forme à la terre ; et où donc est le mal à cela ? « 

« Plaignons-nous de ne pouvoir assez faire, plaignons-nous de la faiblesse des facultés que nous avons reçues pour partage, et dont les bornes ridicules contraignent à tel point nos penchants. Et, loin de remercier cette nature inconséquente du peu de liberté qu’elle nous donne pour accomplir les penchants inspirés par sa voix, blasphémons-la, du fond de notre cœur, de nous avoir autant rétréci la carrière qui remplit ses vues ; outrageons-la, détruisons-la, pour nous avoir laissé si peu de crimes à faire, en donnant de si violents désirs d’en commettre à tous les instants »

AU NOM DE LA LOI

La loi, c’est un peu comme le code de la route. Ce code est surtout utile pour ceux qui ne savent pas se contrôler et qui ne se soucient pas de la vie d’autrui. Les conducteurs raisonnables, prudents, ont très peu besoin qu’on leur dise ce qu’il ne faut pas faire. De la même manière, les lois sont surtout destinées aux individus violents, pervers, insensibles, dévorés par la passion etc

L’Etat ou les gouvernements, au nom du bien commun ou de l’intérêt général qu’ils sont censés connaître et représenter, sans avoir besoin, le plus souvent, de les définir , font la loi. La loi découle de cette (suprême !?) conception du bien. Si le bien (défense de la Patrie) prescrit de tuer, on peut tuer. Si le bien (respect de la vie humaine) prescrit de ne pas tuer, on ne tue pas. L’Etat ou les gouvernements, sont au-dessus de la loi en quelque sorte, dans la mesure où une création est toujours inférieure à son créateur; Or, ceux qui font la loi sont corrompus, dangereux, sans scrupules. Ce sont ceux qui en auraient le plus besoin.

(Soulignons quelques mots)

« Le despote est celui qui crée la loi, qui la fait parler, ou qui s’en sert pour ses intérêts. Il n’est pas un seul tyran qui ne se soit étayé des lois pour exercer ses cruautés « 

« La principale étude de l’homme, et surtout de l’homme d’Etat, est de pénétrer toujours les autres, sans se laisser démêler lui-même. « 

« J’ai toujours cru que l’art de gouverner les hommes était celui qui demandait le plus de fausseté….on ne gouverne les hommes qu’en les trompant. »

 » Comment voulez-vous en effet que celui qui a reçu de la nature la plus extrême disposition au crime, soit à cause de la supériorité de ses forces, de la délicatesse de ses organes, soit en raison de l’éducation nécessitée par sa naissance ou par ses richesses ; comment, dis-je, voulez-vous que cet individu puisse être jugé par la même loi, que celui que tout engage à de la vertu ou de la modération ? Serait-elle plus juste la loi qui punirait de même ces deux hommes ? Est-il naturel que celui que tout invite à mal faire, soit traité comme celui que tout engage à se comporter prudemment ? Il y aurait à ce procédé une inconséquence affreuse, une injustice abominable, que toute nation prudente et sage ne pourrait jamais se permettre. Il est impossible que la loi puisse également convenir à tous les hommes. Il en est de ce médicament moral comme des remèdes physiques. Ne ririez-vous pas du charlatan qui, n’ayant qu’une pratique semblable pour tous les tempéraments, purgerait le fort de la halle comme la petite maîtresse à vapeurs ? « 

(Il y a bel et bien une justice des riches et une justice des pauvres, comme il y a une médecine des riches et une médecine des pauvres, une école des riches et une école des pauvres..)

 » Eh ! non, non, mes amis, ce n’est que pour le peuple que la loi est faite. Se trouvant à la fois le plus faible et le plus nombreux, il lui faut absolument des freins dont l’homme puissant n’a que faire, et qui ne peuvent lui convenir sous aucun rapport. La chose essentielle, dans tout gouvernement sage, est que le peuple n’envahisse pas l’autorité des grands « 

 » Les individus ne sont rien en politique ; Machines secondaires du gouvernement ; les hommes doivent travailler à la prospérité de ce gouvernement et jamais le gouvernement ne doit travailler à celle des hommes. Tout gouvernement qui s’occupe de l’homme est faible , il n’y a de vigoureux que celui qui se compte pour tout et les hommes pour rien….ce qui est essentiel, c’est que la chaîne pèse lourdement sur le peuple et que le souverain soit despote. « 

 » il ne faut jamais arracher le bandeau des yeux du peuple ; il faut qu’il croupisse dans ses préjugés, cela est essentiel. Où seraient les victimes de notre scélératesse, si tous les hommes étaient criminels ! Ne cessons jamais de tenir le peuple sous le joug de l’erreur et du mensonge : étayons-nous sans cesse du sceptre des tyrans ; protégeons les trônes, ils protégeront l’église  »

 » Rien n’assouplit le peuple comme les craintes religieuses, il est bon qu’elles lui fassent redouter d’éternels supplices s’il se révolte contre son roi, ….nous autres grands de la terre, méprisons et bravons ces foudres fabuleuses du méprisable Vatican, mais faisons-les craindre à nos esclaves ; c’est encore une fois l’unique moyen de les maintenir sous le joug. »

 » Le gouvernant doit avoir plus d’énergie que le gouverné. Or si celle du gouverné n’est pétrie que de crimes, comment voulez-vous que celle du gouvernant ne soit pas elle-même criminelle ? Les punitions que l’on emploie pour l’homme sont-elles autre chose que des crimes ? « 

 » Plus le peuple s’étend, plus il est dangereux ; plus il s’éclaire, plus il est à craindre. On n’asservit jamais que dans l’ignorance. « 

 » Il est donc nécessaire qu’un roi gouverne alors avec la plus extrême sévérité, et que pour avoir le droit bien constaté de tout faire au peuple, il laisse faire à ceux qui soutiennent avec lui le glaive, tout ce qu’il leur plaira d’entreprendre à leur tour. « 

SADE IS BACK

Du moins un certain SADE.

Si on regarde bien le passé, on comprend que les actions et les décisions des puissants nous coûtent cher,. Graves conséquences. Mais pas pour eux.

Une nation est d’autant plus en état de dégénérescence que le nombre de lois qu’elle fait voter est important. Ces lois visent à corriger les conséquences désastreuses des décisions des puissants, de la politique étrangère des puissants, les effets néfastes des lois précédentes décidées par les puissants. Mais les lois pèsent sur ceux qui n’y sont pour rien, pas sur ceux qui sont à l’origine des problèmes. Une nation saine, en bon état, avec un gouvernement qui inspire confiance n’a pas besoin de multiplier les lois. SADE is back,  parce que de Daech au struggle for life, des prisons d’Abou Ghraïb à celles de Guantanamo, des sans-dents de l’un au crochet de boucher de l’autre, des idéologues sans foi ni loi prêts à tout pour faire triompher leur idéologie aux journalistes sans scrupules, des patrons ou autres qui ne pensent qu’à faire fortune aux spéculateurs faisant fortune sur une bulle (pas moins coupables que les faux-monnayeurs), des gens qui ne vivent que pour satisfaire leur ambition aux gens qui ne vivent que pour servir une chapelle qui leur procure tous avantages, des colonisateurs aux fauteurs de guerres…Tous ceux-là font des ravages, et c’est la population ordinaire qui paiera, qui devra payer (dette, désordres, violences, crise économique, lois etc) . Comme en 14 (alors que les puissants d’alors étaient des proches) Il faut généraliser la géniale formule de Paul VALERY  » La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas.  » Des gens qui se connaissent jouent le monde aux dés et font payer leurs dettes par les gens qui ne se connaissent pas (et qui ne les connaissent pas) Car dès qu’on acquiert du pouvoir, on est connu par ceux qui en ont. Tous ceux-là mettent en application une loi fondamentale et hyper-efficace de la vie sociale, qui permet d’être très fort psychologiquement, moralement et intellectuellement : l’autre n’est rien. …

Et la condition pour que cela fonctionne : c’est que la population croit naïvement aux vertus de la vertu, à l’efficacité des belles et bonnes idées, à la moralité des puissants. .Elle regarde, fascinée, le ballet des grands et des stars comme auparavant elle rêvait en feuilletant « Jours de France »

« les vertus, les religions, tout cela sont des freins populaires dont les philosophes se moquent et qu’ils se font un jeu d’enfreindre. »

 » La vertu n’est point le sentiment habituel de l’homme, qu’elle n’est simplement que le sacrifice forcé que l’obligation de vivre en société le contraint à faire. »

 » Voilà ce que nos moralistes ne veulent point comprendre, parce qu’étayant sans cesse leurs principes sur les bases religieuses, ils ne peuvent concevoir un état au-delà des plans de leur divinité « 

 » La seule cause du trouble que nous éprouvons gît dans la défense de l’action. »

«  le caractère de la faiblesse est de supposer ou de craindre la force. « 

 » il n’y a aucune proportion raisonnable entre ce qui nous touche et ce qui touche les autres. Nous sentons l’un physiquement, l’autre n’arrive à nous que moralement ; et les sensations morales sont trompeuses ; il n’y a de vrai que les sensations matérielles « 

 » Ce sont les privations des autres qui nous font sentir nos jouissances. Au milieu d’êtres qui en auraient d’égales aux nôtres, nous ne serions jamais contents. Si donc c’est le spectacle des malheureux qui doit nécessairement compléter notre bonheur, par la comparaison fournie d’eux à nous, il faut donc se garder de compléter ceux qui existent, car en les sortant par ces secours de la classe qui fournit à vos comparaisons, vous vous privez de ces comparaisons, et par conséquent de ce qui améliore vos jouissances. « 

« pourquoi donc empêcher de souffrir l’objet dont la douleur augmente nos jouissances !  »

 » Je puis consentir à ne pas faire usage de mes forces avec celui qui peut se faire redouter par les siennes ; mais par quel motif en amoindrirai-je les effets avec l’être que m’asservit la nature ? Me répondrez-vous : Par pitié ? Ce sentiment n’est compatible qu’avec l’être qui me ressemble ; et, comme il est égoïste, son effet n’a lieu qu’aux conditions tacites que l’individu qui m’inspirera de la commisération en aura de même à mon égard. Mais si je l’emporte constamment sur lui par ma supériorité, sa commisération me devenant inutile, je ne dois jamais l’acheter par aucun sacrifice. Ne serai-je pas une dupe d’avoir de la pitié pour un être auquel je ne dois jamais en inspirer ? dois-je pleurer la mort du poulet que l’on égorge pour mon dîner ? Cet individu, trop au dessous du mien, n’ayant aucune relation avec le mien, ne peut faire naître en mon cœur aucun sentiment. « 

 » l’estime que j’aurai pour toi ne pourra jamais être que relative, ou, pour m’expliquer plus clairement, qu’une estime proportionnée au degré d’utilité que je recevrai de toi ; or, cette utilité, du moment que je suis le plus fort, ne peut plus consister que dans les actes d’esclavage les mieux constatés de ta part. Alors seulement nous aurons tous deux parfaitement rempli les rôles pour lesquels nous a créés la nature ; moi, lorsque je t’assouplis à mes passions, de quelque genre ou de quelque nature que ce puisse être ; toi, lorsque tu en subis les effets « 

 » Ce n’est point par la multitude de ses sujets qu’un prince est vraiment grand, c’est par l’étendue de sa puissance sur eux, c’est par l’extrême soumission des individus sur lesquels il règne

APRES COUP

Avant coup (avant mauvais coup) on peut distinguer quatre cas, bien que le premier exclut le coup. Il y a des choses que l’on ne ferait jamais à tel point que cela ne nous traverse jamais l’esprit. Il y a des choses que, suite à des circonstances particulières, on fait en imagination. Mais c’est juste un plaisir mental, parce qu’en réalité, on ne trouverait aucun plaisir à les faire. Il y a des choses que l’on aurait envie de faire, et que l’on ferait avec plaisir, mais notre conscience morale guette et le sentiment de culpabilité ou le remords est imminent, si puissant qu’on ne les fait pas. Et il y a parfois des choses que l’on fait, sciemment, en dépit de notre mauvaise conscience. Après coup, deux cas se présentent. Premier cas, l’action dont nous venons juste de parler nous est reprochée par les autres. Second cas, on a fait quelque chose que les autres désapprouvent, mais sur le moment, nous n’avions pas conscience de mal faire.

On parle souvent de remords, de regrets, après coup. Mais, le plus souvent, ne devrait-on pas parler plutôt de honte ?

 » La honte est le fruit de la douleur d’une mauvaise action relativement à l’opinion publique »

Premier cas. Nous savions que nous agissions mal mais le désir a été le plus fort.

« Avant que de commettre cette action, nous avons bien prévu le mal qu’en ressentiraient les autres ; cette pensée ne nous a pourtant point arrêtés : au contraire, le plus souvent elle nous a fait plaisir  » Sur le moment , aucun remord.

« Après que le mal est commis, il arrive nécessairement deux choses : ou il est puni, ou il ne l’est pas. Dans cette seconde hypothèse, le remords serait assurément d’une bêtise affreuse car à quoi servirait-il de se repentir d’une action, de quelque nature qu’elle pût être, qui nous aurait apporté une satisfaction très complète et qui n’aurait eu aucune suite fâcheuse ?  » Aucune honte.

 » Si l’action est découverte, et qu’elle soit punie, alors, si l’on veut bien s’examiner, on reconnaîtra que ce n’est pas du mal arrivé au prochain par notre action que l’on se repent, mais de la maladresse que l’on a eue en le commettant, de manière à ce qu’elle ait pu être découverte ; et alors il faut se livrer sans doute aux réflexions produites par le regret de cette maladresse…seulement pour en recueillir plus de prudence  » La honte est la conséquence du fait que nous voulions la cacher et du fait qu’on est puni..

 » ce qui console du remords, quand on l’a ressenti, c’est presque toujours l’idée de pouvoir l’apaiser ou l’anéantir par la réparation du mal que l’on a fait. Cette idée l’endort, et ne l’éteint pas ; à la plus petite maladie, au plus petit calme des passions, il reparaît et vous désespère….Si, au lieu de cela, l’action commise est d’un tel genre qu’elle ne vous laisse plus le moindre espoir de la réparer, la raison, dans ce cas, anéantit le remords : à quoi servirait-il de se repentir d’un mal que rien ne réparera jamais ? « Si remords vain, honte vaine.

Conclusion : .

« Il est parfaitement ridicule de se faire un chagrin de la peine des autres quand cette peine nous a fait plaisir, quand elle nous a servis, chatouillés, délectés en quelque sens que ce puisse être. »

Second cas, une action effectuée spontanément (sans mauvaise intention) nous est reprochée par les autres ou, suite à des réflexions personnelles ultérieures, on s’en sent coupable.

 » il est également possible d’avoir des remords sans honte, si l’action commise s’accorde avec les lois et les usages de notre pays, quoiqu’elle répugne à notre conscience….un général d’armée aura peut-être des remords d’avoir fait tuer vingt mille hommes dans une bataille, quoiqu’il n’y ait rien dans cette action qui doive lui donner de la honte.  »

Remords ? Dans la honte, ce sont des comportements que l’opinion publique réprouve. Or, qu’est-ce que ces comportements, sinon le témoignage obligé, ou dans ce cas, trahi, de vertus, de qualités morales, de valeurs, de normes sociales. ? Qu’est-ce que la conscience, sinon l’intériorisation de ces vertus, qualités morales, valeurs normes sociales ? Qu’est-ce que le remords, sinon la honte ne n’avoir pas respecté ces usages intériorisés et admis par tous ? C’est ce que la conscience ou les autres nous disent.

 » cette conscience n’est l’ouvrage que du préjugé reçu par l’éducation tellement que tout ce qu’on interdit à l’enfant lui cause des remords dès qu’il l’enfreint , et qu’il conserve ses remords jusqu’à ce que le préjugé vaincu lui ait démontré qu’il n’y avait aucun mal réel dans la chose défendue « 

 » Que le glaive de Thémis frappe ce que vous appelez la vertu et que les lois reconnaissent le crime, vous verrez à l’instant le vertueux frémir et le scélérat tranquille en se livrant l’un et l’autre à leurs actions favorites.  » Ni honte, ni remords.

 » ce n’est point parce que l’action est mauvaise en elle – même, que le meurtrier frémit, car certainement, dans le pays où le meurtre est récompensé, il ne frémit pas… Le guerrier frémit-il de l’ennemi qu’il vient d’immoler ? La seule cause du trouble que nous éprouvons alors gît dans la défense de l’action « 

 » la réputation et l’honneur étant des choses qui ne dépendent point de nous, il faut savoir s’en passer quand on ne peut les acquérir.  » Suit une invitation à faire parade de ses écarts.

UNE BONNE PETITE

Nous ne nous en rendons peut-être pas compte tellement nous sommes habitués à être ainsi, mais nous sommes habités par l’idée de faire ce qu’il faut, d’être comme il faut, de faire plaisir. Le contraire est inimaginable. A la façon de penser près (ou au niveau de langue près) cela peut ressembler à cela (« La nouvelle Justine » ) Justine parle :

« Aimable solitude, se dit-elle, que ton séjour me fait envie, tu dois être la demeure de quelques douces et vertueuses recluses qui ne s’occupent que de Dieu… que de leurs devoirs ; ou peut-être, ô solitude heureuse ! tu sers d’asile à quelques saints ermites, uniquement consacrés à la religion, éloignés de cette société pernicieuse où le crime, veillant sans cesse autour de l’innocence, la dégrade et l’anéantit. Ah ! toutes les vertus doivent habiter là, j’en suis sûre ; et quand la perversité de l’homme les exile de dessus la terre, c’est là, c’est dans cette retraite paisible qu’elles vont s’ensevelir au sein des êtres fortunés qui les chérissent et qui les cultivent chaque jour. « 

 » Si cet homme, pensait-elle, n’avait pas de bonnes intentions, serait-il vraisemblable qu’il lui écrivît de cette manière ? Il se repent sans doute de ses anciennes infamies ; il se rappelle avec effroi de m’avoir arraché ce que j’avais de plus cher ; de m’avoir réduite, par l’enchaînement de ces horreurs, au plus cruel état où puisse être une femme ; il se souvient des nœuds qui nous unissent. Oh ! oui, oui, ce sont des remords, volons-y ; je serais coupable envers l’Être suprême, si je ne me prêtais à les apaiser. « 

 » Il existe dans moi des principes de morale et religion, qui, grâce au ciel, ne m’abandonneront jamais. Si la main de Dieu me rend l’existence pénible, c’est pour m’en dédommager dans un monde meilleur. Cet espoir me console ; il adoucit mes chagrins ; il apaise mes plaintes ; il me fortifie dans la détresse, et me fait braver tous les maux qu’il plaira à la Providence de m’envoyer. « 

 « Ô monsieur ! dit Justine en pleurant, en se précipitant aux pieds de cet homme barbare, laissez-vous fléchir, je vous en conjure ; soyez assez généreux pour me secourir sans exiger de moi ce qui me coûte assez cher pour vous offrir plutôt ma vie que de m’y soumettre. Oui, reprit-elle avec l’élan de la plus profonde sensibilité, oui, j’aime mieux mourir mille fois que d’enfreindre les principes de morale et de vertu dont on a nourri mon enfance ; monsieur, monsieur, ne me contraignez pas, je vous en supplie. Pouvez-vous concevoir le bonheur au sein des dégoûts et des larmes ? Osez-vous soupçonner le plaisir où vous ne verrez que des répugnances ? Vous n’aurez pas plutôt consommé votre crime, que le spectacle de mon désespoir vous accablera de remords »

 » Ecoutez plutôt votre cœur, et vous entendrez comme il condamnera tous ces faux arguments du vice et du libertinage ; ce cœur, au tribunal duquel je vous renvoie, n’est-il donc pas le sanctuaire où cette nature que vous outragez, veut qu’on l’écoute et qu’on le respecte ? Si elle y grave la plus forte horreur pour le crime que vous méditez, m’accorderez-vous qu’il est condamnable ? Les passions, je le sais, vous aveuglent à présent ; mais aussitôt qu’elles se tairont, à quel point le remords vous rendra malheureux : plus est active votre sensibilité, plus l’aiguillon du repentir vous tourmentera. »

 » Comment voulez-vous que ne périsse pas celui qui, par un aveugle égoïsme, voudra lutter seul contre la coalition des intérêts des autres ? La société n’est-elle pas autorisée à ne jamais souffrir dans son sein celui qui se déclare contre elle ? et l’individu qui s’isole peut-il lutter contre tous ? peut-il se flatter d’être heureux et tranquille, si n’acceptant pas le pacte social, il ne consent pas à céder un peu de son bonheur pour en assurer le reste ? La société ne se soutient que par des échanges perpétuels de bienfaits : voilà les bases qui la constituent, voilà les liens qui la cimentent. « 

 » Or qu’y a-t-il au monde de plus capable de plaire à l’Éternel, si ce n’est la vertu dont lui-même est l’exemple ? Le créateur de tant de merveilles peut-il avoir d’autres lois que le bien ? et nos cœurs pourraient-ils lui plaire, si la bonté, la bienfaisance et la sagesse n’en étaient pas les premiers éléments ? Il me semble, poursuivait la crédule orpheline, qu’avec les âmes sensibles il ne faudrait jamais employer d’autres motifs d’amour envers cet Être suprême, que ceux qu’inspire la reconnaissance. N’est-ce pas une faveur que de nous avoir fait jouir des beautés de cet univers ? et ne lui devons-nous pas quelque gratitude pour un tel bienfait ? « 

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  » Ah ! monsieur, dit Justine avec chaleur, peut-il en être une plus douce que celle de soulager l’infortune ? Laissons à part la frayeur de souffrir soi-même. Y a-t-il une satisfaction plus vraie que celle d’obliger, jouir des larmes de la reconnaissance ; partager le bien-être qu’on vient de répandre chez des malheureux qui, semblables à vous, manquaient néanmoins de choses dont vous formez vos premiers besoins ; les entendre chanter vos louanges et vous appeler leur père, replacer la sérénité sur les fronts obscurcis par la défaillance, par l’abandon et le désespoir ? Non, monsieur, nulle volupté dans le monde ne peut égaler celle-là ; c’est celle de la divinité même ; et le bonheur qu’elle promet à ceux qui l’auront servie sur la terre ne sera que la possibilité de voir ou de faire des heureux dans le ciel. « 

Pour l’essentiel, on lui répond que ce ne sont que des préjugés.

 

Publié dans : Marquis de SADE | le 7 avril, 2016 |Pas de Commentaires »

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